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Un groupe du lobby pro-armes poursuit sa campagne contre une survivante de Polytechnique

Photo: TC Media - Isabelle Bergeron

OTTAWA — Après avoir encaissé un premier revers, un groupe du lobby pro-armes poursuit son offensive contre Nathalie Provost, une survivante de la tuerie de Polytechnique, en demandant au gouvernement de la démettre de ses fonctions de vice-présidente du comité consultatif canadien sur les armes à feu.

La Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu a écrit une lettre au ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, pour réclamer le renvoi de celle qui milite pour un meilleur contrôle des armes au pays depuis le massacre du 6 décembre 1989.

La missive a été envoyée dès le lendemain de la parution d’un article de La Presse canadienne dans lequel il est rapporté que Mme Provost a été blanchie des allégations de lobbyisme illégal qui avaient été formulées contre elle par le groupe en question.

La commissaire au lobbying du Canada, Nancy Bélanger, a statué que son implication au sein du groupe PolySeSouvient n’enfreignait pas la Loi sur le lobbying, la militante n’étant pas rémunérée par l’organisme et n’ayant donc pas l’obligation de s’inscrire à titre de lobbyiste.

Le dossier est toutefois loin d’être clos pour la Coalition, qui reproche à Nathalie Provost d’avoir contrevenu «au mandat qui lui a été confié lors de sa nomination au comité» en faisant parvenir aux élus fédéraux des propositions pour l’élaboration du projet de loi C-71 sur le contrôle des armes.

Au téléphone, la vice-présidente de l’organisation, Tracey Wilson, demande sans détour le renvoi de la vice-présidente, qu’elle accuse de s’être placée en conflit d’intérêts en cosignant cette missive de PolySeSouvient alors qu’elle siégeait au comité.

Elle soutient que Nathalie Provost a «carrément réclamé des mesures législatives que l’on retrouve (…) dans un projet de loi qui a été déposé quelques mois après» et essentiellement «élaboré la mesure législative pour le ministre (Goodale)».

La lobbyiste fait peu de cas du fait que sous le précédent gouvernement conservateur, des militants pro-armes ont souvent pris la plume pour écrire aux législateurs — un membre du comité consultatif de l’époque avait écrit au premier ministre Stephen Harper alors qu’il siégeait au comité.

«Ça n’a rien à voir. Je parle du comité existant, celui qui a été créé par M. Goodale», a-t-elle tranché.

De son côté, Nathalie Provost se défend catégoriquement d’avoir contrevenu à son mandat et argue que C-71 — un projet de loi qu’elle a accueilli tièdement lors de son dépôt, en mars dernier —contient, en grande partie, les promesses contenues dans la plateforme électorale libérale de 2015.

Elle voit en cette campagne de la Coalition une nouvelle façon de «miner sa crédibilité» et celle des membres de PolySeSouvient. «Tout ce qu’ils peuvent faire pour dire que je n’ai pas le droit d’être sur le comité, ils vont le faire», s’est-elle exclamée en entrevue téléphonique.

«Au Québec, on mine même ma crédibilité personnelle, on dit que je n’arrête pas de pleurer, qu’il faudrait que j’en revienne de Polytechnique», a-t-elle regretté.

Dans une entrée de blogue publiée peu après sa nomination au comité fédéral, en février 2017, le vice-président de Tous contre un registre québécois des armes à feu, Guy Morin, l’a notamment traitée de «victime professionnelle» et a argué que lui donner une place au comité équivalait «à inviter un membre du Ku Klux Klan à la table du mieux vivre ensemble».

Malgré ces attaques, Mme Provost assure n’avoir «aucune intention» de quitter sa chaise de vice-présidente.

«Il n’y a personne qui a manifesté de l’opposition à mes points de vue. Je me sens écoutée et respectée. Le ministre (Goodale) veut connaître mon avis. Et des victimes de balles, il n’y en a pas beaucoup au Canada», a-t-elle fait valoir.

Goodale: «Malheureux et inapproprié»

Croisé en marge d’une comparution devant un comité, un peu plus tôt cette semaine, Ralph Goodale a assuré qu’il avait toujours confiance en Nathalie Provost.

«Ce comité a été mis sur pied en grande partie pour réunir des gens chevronnés et informés qui amènent différents points de vue afin que le gouvernement puisse bénéficier de cette diversité de voix», a-t-il exposé à La Presse canadienne.

«Et elle en fait partie», a tranché le ministre en parlant de la militante pour le contrôle des armes à feu, qualifiant de «malheureux et inapproprié» le fait que certains déploient tant d’énergie à tenter de la discréditer.

«En démocratie, les gens ont le droit d’exprimer leur opinion, comme Mme Provost l’a fait, et comme ses détracteurs peuvent le faire également. Mais il serait mieux de ne pas se lancer dans les attaques personnelles», a offert M. Goodale.

Demande de blocage de C-71

Le ministre, d’ailleurs, est aussi dans la mire de Tracey Wilson, qui a dit avoir écrit au commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique pour lui demander de se pencher sur le fait qu’il a «permis ce genre de lobbying interne».

Enfin, en ce qui concerne C-71, la Coalition — qui appelle cette mesure «la loi de Nathalie» — réclame la suspension de son cheminement législatif «en attendant une enquête indépendante sur l’influence à l’interne», et estime que «le projet de loi en soi devrait être révisé».

Au bureau du ministre de la Sécurité publique, on a d’ores et déjà écarté cette idée.

«Le projet de loi C-71 est une mesure qui aidera à protéger les collectivités canadiennes de manière sensée, ciblée et efficace. Nous avons hâte de poursuivre son examen au Parlement cet automne», a signalé la porte-parole Hilary Peirce.

«Nous continuerons d’accorder la priorité à la sécurité publique, tout en respectant les propriétaires légitimes d’armes à feu», a-t-elle ajouté.

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