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Pour protéger les femmes contre l’exploitation sexuelle, le Canada devrait adopter une loi plus stricte, qui décriminaliserait l’activité des personnes prostituées, mais qui pénaliserait les clients et les proxénètes.

C’est l’avis de trois chercheuses féministes de l’UQAM, qui ont publié vendredi dernier une étude sur la traite des femmes, un phénomène qui concerne non seulement les femmes migrantes, mais également de plus en plus de jeunes femmes nées au Québec.Selon une des auteures, Sandrine Ricci, il s’agit d’un phénomène en pleine recrudescence au Québec et au Canada. «Des filles sont recrutées au métro Henri-Bourassa, ici à Montréal, précise-t-elle. Elles sont en fugue d’un centre jeunesse, aux prises avec une famille parfois dysfonctionnelle… Le phénomène est en recrudescence, parce qu’il s’appuie sur un problème majeur, qui est la banalisation de la prostitution et de la pornographie.»

Mme Ricci, qui est également chargée de cours en sociologie, estime que des jeunes filles s’embarquent dans cette situation en pensant que cela sera temporaire, puisque cela leur est présenté comme un moyen de payer leurs études alors qu’elles n’ont aucune solution de rechange. «C’est une tendance qui n’existait pas il y a 10 ou 15 ans», ajoute-t-elle.

Le nœud du problème se situe dans la législation du Canada par rapport à la prostitution, qui est trop ambiguë, selon les auteures de l’étude. «La loi criminalise le racolage et le proxénétisme, mais les clients, eux, s’en sortent sans problème, déplore Mme Ricci. Et cette hypocrisie rend les femmes plus vulnérables.»

Les auteures de l’étude aimeraient bien que le Canada en vienne à l’abolition de toute forme d’exploitation sexuelle. Parce que, comme le rappelle Mme Ricci, «il y a une infime minorité de femmes qui vont tirer leur épingle du jeu dans la prostitution».
Cela passe d’abord par un changement de mentalité dans la société, ajoute la chercheure. «Il est urgent d’agir, de faire de la sensibilisation pour que les hommes comprennent une chose : ce n’est pas correct de consommer du sexe en payant», explique-t-elle.

Mme Ricci souligne que les policiers qui travaillent à lutter contre le phénomène de la traite le comparent souvent à celui de la violence conjugale. Il y a 25 ou 30 ans, celle-ci était un phénomène caché, banalisé, mais grâce aux campagnes de sensibilisation et au travail des théoriciennes féministes, le problème a été mis au jour et perçu comme un problème de société, illustre Mme Ricci.«Il faut voir cela dans une dimension collective, et non seulement comme des situations interpersonnelles», conclut-elle.

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