À l’aube de la fête de Pâques, plusieurs Canadiens doivent attendre leur congé férié avec impatience. C’est que le pays, avec son minimum de 15 congés payés par année, fait piètre figure en la matière.

Une enquête réalisée par le site de réservations hôtelières Hotels.com, rendue publique mardi, révèle que le Canada se classe à l’avant-dernier rang, parmi 30 pays, au classement mondial des congés payés.

Alors que la moyenne des employés dans les 30 pays étudiés bénéficient de 28 jours de vacances et de fériés par année, selon l’enquête, les employés canadiens n’ont que 10 jours de vacances et 5 jours de congés prévus par la loi chaque année, pour un maigre total de 15.

Ce mauvais classement n’a rien pour surprendre Gilles Trudeau, professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal, spécialisé en droit du travail. «C’est reconnu, on est en retard sur plusieurs pays par rapport aux conditions minimales de travail», affirme-t-il.

Il ajoute toutefois que, comme ces données font référence au minimum prévu par la loi, beaucoup de salariés réussissent à négocier davantage de vacances payées auprès de leur employeur.

L’enquête est basée sur les données officielles de chaque pays, donc sur les fériés et vacances minimaux prévus par la loi fédérale. Par contre, en ce qui concerne le Canada, on a seulement calculé les fériés nationaux, puisque d’inclure les congés provinciaux aurait complexifié les données, explique Julie Bourbonnière, relationniste pour Hotels.com.

Les normes du travail sont d’ailleurs en grande majorité une compétence provinciale. Il est donc important de tenir compte de cette nuance, qui est absente de l’enquête, souligne Dalia Gesualdi-Fecteau, professeure au département des sciences juridiques de l’UQAM, spécialisée en droit du travail.

Au Québec, par exemple, nous avons trois fériés supplémentaires, soit la Fête nationale, l’Action de Grâce et la Journée nationale des patriotes, pour un total de huit par année.

M. Trudeau explique que les pays d’Amérique du Nord sont depuis toujours régis par des gouvernements dont la philosophie prône souvent le laisser-faire, par opposition à des pays européens comme la France, qui ont un historique de gouvernements plus socialistes. «Il y a un fort lobby patronal qui a toujours contré le développement de normes du travail plus généreuses, ajoute-t-il. Dans les pays anglo-saxons, il y a une tradition de non intervention de l’État.»

Gilles Trudeau a d’ailleurs fait partie d’une commission mise sur pied par le gouvernement libéral de Jean Chrétien, au milieu des années 2000, sur les normes du travail fédérales pour le XXIe siècle. Le rapport de cette commission recommandait des modifications aux normes du travail. Mais les conservateurs, qui ont depuis pris le pouvoir à Ottawa, n’ont jamais entériné ces propositions, déplore-t-il.

Mme Gesualdi-Fecteau ajoute qu’il est difficile de comparer les chiffres d’un pays à l’autre, puisqu’il faut également prendre en considération le développement historique de chaque nation.

Elle considère que les normes pourraient être améliorées, mais qu’il faudrait d’abord s’assurer que tous les travailleurs ont d’abord accès à ces normes. «Considérant qu’un pourcentage de plus en plus important de salariés ont une situation précaire au travail, par cumul d’emplois par exemple, il y aurait d’abord une réflexion à faire pour que les normes établies puissent s’appliquer à ces travailleurs», conclut-elle.

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