Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA – La Gendarmerie royale du Canada (GRC) se mêle du scandale des dépenses au Sénat.

Le président de la Chambre haute a confirmé jeudi que la GRC avait requis copie de toutes les règles sur les frais de transport et les dépenses des sénateurs, ainsi que le calendrier des séances du Sénat pour les 10 dernières années.

Il ne s’agit toutefois pas encore d’une enquête criminelle: la GRC dit demander cette information afin de pouvoir déterminer s’il y a des motifs d’entreprendre une investigation formelle.

Dans sa lettre au Sénat, la force policière précise qu’elle veut se pencher sur les examens effectués par la firme externe Deloitte au sujet des dépenses réclamées par le sénateur Mike Duffy — qui a démissionné du caucus conservateur la semaine dernière — du libéral Mac Harb et du sénateur indépendant Patrick Brazeau.

Mercredi, le président du Sénat, Noël Kinsella, a transmis un cartable à la GRC avec les politiques.

Le Parti libéral s’est dit satisfait de ce dénouement, lui qui avait demandé dans le passé que toute cette affaire soit justement référée à la GRC.

Une demande également faite par le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui avait écrit au commissaire de la GRC pour qu’il se saisisse du cas.

Quant au sénateur Duffy, il a brisé le silence pour la première fois jeudi.

Il s’est dit prêt à coopérer avec la GRC comme avec toute autre enquête.

«Je suis prêt à leur dire toute l’histoire», a-t-il déclaré, poursuivi par les journalistes à sa sortie du Sénat. Il dit toutefois ne pas avoir été contacté par la GRC.

Souriant, blaguant même, le sénateur a refusé de répondre à la majorité des questions: «Tout va sortir en temps et lieu», a-t-il répété. «C’est pourquoi nous avons besoin d’une enquête complète et ouverte», a -t-il dit, sans préciser à quel type d’investigation il faisait référence.

Il n’a fourni aucun détail sur le «cadeau» de 90 000 $ qu’il aurait reçu de Nigel Wright, qui était alors le chef de cabinet de M. Harper. Ce paiement avait pour but d’aider M. Duffy à rembourser le Sénat pour ses dépenses réclamées sans droit.

Le NPD mesure l’impact de la décision de la GRC.

«Ça veut dire que l’histoire est très sérieuse», a déclaré le député néo-démocrate Alexandre Boulerice. Les doutes qu’on a soulevés en Chambre sont sérieux. La police prend ça au sérieux.

Il estime que beaucoup de questions demeurent toutefois encore sans réponse.

Pour le Bloc québécois, il y a une réelle crise de confiance envers le gouvernement. Mais le chef bloquiste croit savoir où trouver la solution, et les réponses.

«Tout converge vers une source, le bureau du premier ministre», a dit Daniel Paillé.

Aveu du premier ministre

Lors d’une conférence de presse à Cali, en Colombie, jeudi soir, le premier ministre Harper a reconnu qu’il aurait peut-être dû agir plus rapidement dans le dossier entourant la démission de Nigel Wright, son ancien chef de cabinet.

M. Wright a quitté ses fonctions dimanche — quatre jours après que le Bureau du premier ministre eut dévoilé qu’il avait signé un chèque de 90 000$ pour rembourser les dépenses de logement du sénateur Mike Duffy, réclamées sans droit.

«Il aurait dû m’aviser plus tôt; c’est pourquoi j’ai accepté sa démission», a déclaré M. Harper, qui insiste sur le fait qu’il n’a jamais été consulté au sujet de l’arrangement financier et qu’il a été informé du paiement par l’entremise des médias.

«Avec du recul, est-ce que j’aurais dû en arriver à cette conclusion plus rapidement? Peut-être», a ensuite admis le premier ministre, qui a ajouté n’être au courant d’aucune entente formelle entre MM. Wright et Duffy, au-delà des détails qui ont été dévoilés.

Interrogé, par ailleurs, à savoir si M. Duffy aurait dû laisser son siège de sénateur, M. Harper a répondu que la décision revenait au Sénat.

Plus tôt jeudi, le Sénat avait aussi été le théâtre de nombreuses questions au sujet de l’implication du bureau du premier ministre Harper dans le rapport «modifié» — et moins incriminant — rédigé par un comité sénatorial à majorité conservatrice au sujet des dépenses du sénateur Duffy.

Les libéraux ont crié à l’ingérence après une entrevue accordée par le président de ce comité, le sénateur conservateur David Tkachuk, au magazine Maclean’s.

Il a affirmé que M. Wright ne lui a pas suggéré comment rédiger le rapport sur M. Duffy. Quant à savoir si quelqu’un au bureau du premier ministre avait suggéré quoi faire avec ce rapport, il a répliqué «pas vraiment». Parce qu’il a demandé des conseils, a-t-il indiqué au journaliste de Maclean’s. Sans recevoir d’ordre, a-t-il précisé.

Au Sénat, la leader du gouvernement, Marjory LeBreton, a évité les questions à ce sujet, prétendant n’avoir pas lu l’entrevue.

Les libéraux réclament la démission du sénateur Tkachuk de son poste de président du comité.

Ils exigent aussi que le premier ministre raconte toute l’histoire, preuve documentaire à l’appui.

Selon le Parti libéral, le premier ministre doit fournir tous les documents qui font état de la transaction, ainsi que le chèque que M. Wright dit avoir fait au sénateur. M. Wright a depuis démissionné, dans la foulée du scandale.

En point de presse jeudi, le parti a refait allusion à un courriel qui ferait état, selon eux, de cette entente qui permettait à aider le sénateur Duffy à rembourser le Sénat.

Le chef des libéraux, Justin Trudeau, a même déposé jeudi une demande formelle au Parlement pour exiger du gouvernement le détail de la lettre d’entente et toutes ses traces documentaires. Le gouvernement a 45 jours pour répondre à cette requête placée au feuilleton.

Le gouvernement Harper a indiqué qu’il n’existe pas de documents légaux sur cette entente.

«Parce que c’était une entente privée», a confirmé Mme LeBreton.

Votre déclaration est bien ficelée, a répliqué le sénateur James Cowan devant son insistance sur les mots «documents légaux».

Mais le ministre James Moore, semblant aussi peser ses mots, est allé plus loin.

À sa sortie de la Chambre des communes, se faisant questionner par La Presse Canadienne à savoir si un document autre que légal, par exemple un courrier, démontre les détails de l’entente, il a répondu: «On est pas conscient (sic) d’un tel document», a-t-il dit. «Entre eux, entre eux», a-t-il insisté, laissant entendre qu’un tel document pourrait émaner d’autres personnes.

Et le député libéral Ralph Goodale a souligné en point de presse que le gouvernement n’a pas nié qu’il existe au moins un courriel à ce sujet.

Le premier ministre a déclaré mercredi qu’il ignorait l’existence de ce «cadeau» de la part de M. Wright mais que s’il l’avait su à temps, il l’aurait interdit.

M. Duffy a pour sa part dit jeudi qu’il ignorait si le premier ministre était au courant ou pas de sa transaction avec M. Wright.

Il n’a d’ailleurs pas l’intention de démissionner, mais plutôt de se présenter au Sénat pour y travailler.

«Pourquoi pas, a-t-il lancé, rieur. Je suis un sénateur».

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