L'histoire de moins en moins enseignée au cégep
L’enseignement de l’histoire du Québec dans les cégeps est en déclin. À peine 8% de l’ensemble des cours d’histoire qui y sont dispensés ont trait aux origines de la société québécoise, selon une étude commandée par la Fondation Lionel-Groulx. Il y a 10 ans, cette part atteignait 10%. «Le cours [d’histoire du Québec] ne se donne plus dans les trois quarts des cégeps», a fait savoir mercredi le chercheur et professeur d’histoire au cégep du Vieux-Montréal, Gilles Laporte. Avec sa collègue Myriam D’Arcy, il a sondé l’opinion de près de la moitié des 296 enseignants d’histoire, en plus de compiler les données de tous les cégeps concernant l’enseignement de l’histoire.
À l’issu de cette enquête, dont les résultats ont été transmis à l’ensemble des députés québécois et des directions des cégeps, M. Laporte a été en mesure d’affirmer que le «quasi effacement» des cours d’histoire s’étend à tout le Québec, et non seulement la région de Montréal. Résultat: à peine 2% des jeunes suivent à chaque année un cours sur l’histoire du Québec. Au terme de leurs études collégiales, ils seraient à peine 5% à avoir découvert le passé de la Belle Province, selon les estimations des chercheurs. Seuls les étudiants qui sont inscrits à un programme de sciences humaines – 23,7% des cégépiens – sont assurés de suivre un cours d’histoire, mais rien ne garantit qu’il portera sur le Québec.
Gilles Laporte et Myriam D’Arcy ont aussi noté que parmi les douze grandes compétences que doivent acquérir les jeunes inscrits au cégep, aucune ne fait référence au bagage historique du Québec. Les cours d’histoire ne sont les pas seuls à avoir vu les mentions à la société québécoise évacuées. «Que ce soit économie, géographie, science politique, on assiste partout à la disparition de cours portant sur la société québécoise», a dit le professeur Laporte.
La situation est d’autant plus alarmante, selon lui, que l’entrée au cégep des jeunes Québécois coïncide avec le début de leur vie citoyenne, considérant le fait qu’ils exercent pour la première fois leur droit de vote, que certains signent le bail d’un appartement et que d’autres décrochent un emploi rémunéré. «Il faut reconnaître que le formation au niveau cégep n’outillent nullement [ces jeunes] à faire face à ces réalités impérieuses», a-t-il déploré.
Pour remédier à la situation, la Fondation Lionel-Groulx propose qu’un cours obligatoire sur l’histoire nationale soit inclus dans la formation générale de tous les étudiants du cégep.