Dure année politique : trois anciens parlementaires se prononcent
Corruption dans l’industrie de la construction, pétition citoyenne pour
la démission du premier ministre, refus du gouvernement Charest de
déclencher une commission d’enquête, allégations de conflits d’intérêts
dans le monde municipal, l’année politique 2010 a été houleuse. Métro a
demandé à trois anciens parlementaires de se prononcer.
Quand l’ancien ministre conservateur Michael Fortier pense à l’année 2010 relativement aux paliers provincial et municipal, il est «bien content de ne pas y travailler!» Pour lui, aujourd’hui vice-président du conseil de la division de RBC Marchés des capitaux, la classe politique subit les conséquences néfastes de «toutes les allégations [de corruption] qui circulent depuis quelque temps».
Un cynisme s’est incrusté dans la population québécoise et Michael Fortier espère qu’il est passager.
«Certaines personnes visées par les allégations se trouvent prises dans ce maelström de cynisme à cause du poste qu’ils occupent, constate-t-il. C’est dommage, parce que la grande majorité des hommes et des femmes en politique, à quelque niveau que ce soit, le sont pour les bonnes raisons.»
Nathalie Rochefort, députée du Parti libéral du Québec dans Mercier de 2001 à 2003, ne trouve toutefois pas que l’image du politicien est moins reluisante qu’avant.
«Peut-être qu’en ce moment c’est ce qui ressort des sondages, parce que les gens s’opposent plus fermement, explique la consultante en intégration sociale pour des entreprises. Même quand j’étais députée, il y avait toujours des gens qui se demandaient comment on s’y prenait en politique.»
L’ex-députée de Papineau pour le Bloc québécois, Vivian Barbot, pense qu’il y a forcément du cynisme dans la population en ce moment.
«Je pense que ce qui est frustrant pour les gens, c’est d’avoir l’impression de ne pas pouvoir changer les choses. Quand la population et toutes les institutions crédibles demandent une commission d’enquête, il me semble qu’il devrait se passer quelque chose», affirme l’actuelle vice-présidente du Bloc. Elle ajoute qu’heureusement, la démocratie permet toutefois de venir à bout des situations de crise.
Pas que du négatif?
Nathalie Rochefort et Michael Fortier s’entendent pour dire que l’économie est un aspect positif se dégageant de 2010.
«Montréal s’est vue décerner un rang très envieux quant à sa performance économique de la dernière année dans deux études menées séparément par un organisme américain et une agence londonienne», assure M. Fortier. Mme Rochefort ajoute que le baby-boom qu’on vit au Québec depuis quelques années est un «signe qu’on fait confiance à ce qui se passe dans notre société».
Vivian Barbot est un peu plus inquiète. «On nous dit que la situation économique est meilleure, mais il y a eu des coupures dans le secteur des arts, dans l’aide sociale et la situation des personnes âgées se détériore», dit-elle.
Que nous réserve 2011?
Michael Fortier :
«Je ne vois pas de grands changements en ce qui concerne les paliers provincial et municipal, car plusieurs questions demeurent sans réponses. Ça durera tant et aussi longtemps que la population n’aura pas l’impression que ceux qu’elle a identifiés comme étant responsables des malversations dans le milieu de la construction ne seront pas devant les tribunaux.»
Nathalie Rochefort :
«Une année de croissance économique et d’adaptation à plusieurs niveaux. Je vois 2011 comme une phase de transition.»
Vivian Barbot :
«Il va falloir qu’il se passe quelque chose! Au Québec, on aura probablement un rendez-vous avec un nouveau gouvernement et ça, c’est de nature à faire changer les choses.»