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Le camp des Six couleurs, le premier au Québec à offrir aux enfants transgenres de 7 à 15 ans un camp de vacances qui leur est spécifiquement dédié, verra le jour cet été.

Le camp s’adresse aussi aux enfants intersexes, c’est-à-dire dont le sexe est ambigü, à tous ceux qui ont une préférence d’activités ou de vêtements différents de ceux que la société attribue à leur genre biologique ainsi qu’à leurs frères et sœurs.

«C’est important pour un enfant transgenre de fréquenter des enfants comme lui, qui vivent les mêmes réalités. Ça les aide à ne pas se sentir seuls», estime Akiko Asano, mère d’un enfant transgenre et co-présidente d’Enfants Transgenres Canada.

En réalité, ces enfants qui s’identifient à un autre genre (féminin ou masculin) que celui qui leur est assigné à la naissance ne sont vraiment pas seuls. Il y en aurait au moins 250 au Québec, selon le Dr Shuvo Ghosh, directeur du Programme de variance du genre à l’Hôpital de Montréal pour enfants. «On a déjà une quinzaine d’inscription», a rapporté de son côté Sophie Labelle, coordonnatrice du camp des Six couleurs.

Malgré tout, les enfants transgenres sont encore marginalisés, autant dans leur milieu scolaire que dans les camps de vacances. D’où l’intérêt de mettre en place un tel camp. «Les camps réguliers ne sont pas adaptés aux enfants trans, a expliqué Mme Labelle. Ils peuvent être obligés d’aller dans un dortoir ou les toilettes pour filles alors qu’ils sont des garçons trans, par exemple.» À cela s’ajoute le stress d’être exclus par leurs camarades de camps ou de se dévoiler durant la baignade.

À part pour sa clientèle spécialisée, le camp des Six couleurs est un camp comme tout les autres, dans la nature, avec des activités créatives et de plein air. C’est tout simplement un lieu où les jeunes pourront s’épanouir et s’exprimer pleinement.

Si certains peuvent s’étonner que des enfants soient identifiés comme transgenres à un si jeune âge, le Dr Ghosh assure que la majorité des personnes transgenres en ont des signes dès leurs premières années de vie. «C’est presque toujours évident avant l’âge scolaire», a-t-il souligné.

Lorsque les parents consultent sa clinique pédiatrique avec leur enfant, la seule dédiée aux variances du genre au Québec, son équipe de professionnels de la santé écoute les aspirations de l’enfant et les idées de la famille, et décide du cheminement nécessaire pour chacun. Plusieurs font ainsi une transition sociale du «il» vers le «elle» ou vice versa. Les enfants peuvent même prendre des bloqueurs d’hormones à l’approche de la puberté, pour en ralentir ses effets jusqu’à ce qu’il soit approprié de suivre par exemple des traitements hormonaux à la testostérone ou aux oestrogènes.

Les problèmes de santé mentale sont bien réels pour ces jeunes. «Ils vivent beaucoup d’anxiété, parce que leur existence n’est pas connue ni acceptée par la société», reconnaît Dr Ghosh.

Selon Mme Labelle, cette marginalisation s’explique en partie par l’invisibilité des personnes transgenres dans l’espace public. «Il n’y a pas du tout d’enfants trans dans les manuels scolaires et les livres de contes», a-t-elle par ailleurs fait remarquer. Pour remédier à la situation, Mme Labelle a déjà écrit un roman et deux albums jeunesse dans lesquels l’identité transgenre des personnages est mentionnée sans être l’élément central de l’histoire. Ces livres ont été utilisés dans plusieurs écoles du Québec.

Le souhait de Mme Labelle pour les jeunes transgenres d’aujourd’hui est qu’ils deviennent des citoyens visibles dans diverses sphères de la société, contrairement à la génération précédente. «Il faudrait qu’il y en ait à l’hôtel de ville ou à l’Assemblée nationale, par exemple», a-t-elle mentionné.

Café scientifique: les défis des communautés trans
Un café scientifique intitulé «Trans: une nouvelle image face à la société», organisé par l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), réunira mercredi six acteurs issus des milieux médical et communautaire impliqués auprès des communautés trans, pour parler des défis qu’elles rencontrent en société. Sophie Labelle et le Dr Shuvo Ghosh participeront notamment au panel. Au café du Monument National, au 1182 boul. Saint-Laurent, à 18h.

Pour plus d’infos, visitez le site du camp des Six couleurs

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