Yves Provencher/Métro Stéphane Paquin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie politique internationale et comparée

Les pays scandinaves offrent le meilleur modèle pour solutionner les nombreux problèmes économiques qui affectent le Québec, estime Stéphane Paquin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie politique internationale et comparée. Il a dirigé l’ouvrage collectif «Social-démocratie 2.0: Le Québec comparé aux pays scandinaves» publié récemment aux Presses de l’Université de Montréal.

Quels sont, au Québec, les défis particuliers qui nécessitent qu’on s’inspire d’autres pays?
Le Québec a un endettement public très élevé, une croissance économique relativement faible compte tenu des obligations du gouvernement, un déficit commercial énorme et de la difficulté à faire des réformes de l’État. La réforme de la santé, par exemple, n’a jamais réellement fonctionné. La nécessité de réformes des régimes de retraite est aussi rendue à un point très critique.

Pourquoi les pays scandinaves sont-ils une bonne source d’inspiration?
La situation actuelle du Québec ressemble beaucoup à celles de la Finlande, de la Suède et du Danemark du début des années 1990. Ces pays étaient très endettés, avaient des taux de chômage importants et voyaient leur modèle social et économique se détériorer. Ils ont alors initié énormément de réformes. Trente ans plus tard, ils s’en sortent beaucoup mieux que les États-Unis, le Canada, la France ou l’Allemagne en terme de croissance économique. Ils ont diminué leur endettement public à peu près de moitié. Tout ça en touchant très peu à leurs programmes sociaux et en étant les pays les plus égalitaires au monde.

Quelles solutions peut-on tirer de leurs expériences pour améliorer notre croissance économique?
Le Québec a un déficit commercial croissant, en grande partie parce qu’il importe énormément de pétrole et de voitures. Depuis une vingtaine d’année, les pays scandinaves n’ont de leur côté pas connu de déficit commercial, c’est-à-dire qu’ils exportent plus qu’ils importent. Ils ont établi des politiques pour réduire la dépendance au pétrole, encourageant l’utilisation d’énergies renouvelables en instaurant des taxes carbone importantes pour décourager les gens de prendre leur voiture. C’est l’une des solutions que le Québec devrait aussi préconiser, notamment parce qu’il est un très grand producteur d’hydro-électricité.

Le système de taxation a-t-il aussi un rôle important à jouer?
Oui. La fiscalité est l’une des clés du succès scandinave. La grosse différence avec le Québec et le Canada, c’est que là-bas, les taxes à la consommation sont élevées. Ce serait comme si notre TPS et notre TVQ étaient à 25% plutôt qu’à 15%. Malgré les taxes élevées, les plus pauvres reçoivent tellement de services publics qu’ils sont gagnants. D’autre part, les taxes sur les entreprises ont été baissées, pour assurer leur compétitivité sur le marché mondial. Le Danemark a pris cette initiative dans les années 1990, et ça a tellement bien fonctionné que le taux de chômage juste avant la crise de 2008 était en bas de 4%.

Les politiciens du Québec disent souvent qu’il faut mieux gérer les finances publiques pour réduire la dette de la province. Comment les Scandinaves y sont-ils arrivés?
Les pays scandinaves ont fait passer des lois anti-déficit dans les années 1990. Par exemple, sur un cycle économique complet, la Suède s’est imposée de faire un surplus d’environ 1% du PIB. Pour y arriver, elle a notamment décentralisé le processus de mise en œuvre des politiques publiques. Le gouvernement central donne les grandes orientations des politiques, mais ce sont des agences indépendantes qui les mettent en œuvre. Pour donner un exemple, c’est Hydro-Québec qui s’occupe ici de l’électricité et non le ministère de l’Énergie. Ça devrait être la même chose pour le transport et beaucoup d’autres services publics. Dans les pays scandinaves, ça évite l’ingérence du politique, limite la corruption, favorise la permanence et la compétence dans ces agences très contrôlées et évaluées avec des exigences élevées. Au final, ça fait des économies extrêmement importantes.

Est-ce vrai, donc, que les ministères et les institutions publiques peuvent faire plus avec moins d’argent?
Oui. Les pays scandinaves ont réussi à limiter l’augmentation des dépenses en santé à environ 4,5% par année, alors qu’ici on est au-dessus de 6%. Qu’est-ce qu’ils ont fait? Ils ont donné le mandat aux médecins de diminuer les prescriptions de médicaments. Aussi, les salaires des médecins sont entre deux et quatre fois moins élevés qu’ici. Au Québec, il y avait deux façons de régler le problème de la pénurie de médecins: donner des augmentations pour qu’ils arrêtent de quitter le Québec ou en former beaucoup plus. On a choisi la première solution. Les Suédois ont choisi la deuxième solution.

Y a-t-il assez de volonté politique et populaire ici pour faire des réformes importantes comme dans ces pays?
Tout le monde est conscient que les choses ne peuvent pas durer comme elles le sont, mais on ne sait pas comment orienter le changement. Les idées que j’ai vues dans les programmes des partis ressemblent pratiquement toujours à des «réformettes» insignifiantes. Il y a un manque de recherche et de réflexion des responsables politiques. Un avantage des pays scandinaves est aussi que les citoyens ont une confiance élevée envers les institutions, notamment en raison de leur grande transparence. Cette confiance rend plus facile l’acceptabilité des réformes d’importance. Ici, la méfiance est de plus en plus grande envers le gouvernement.

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