QUÉBEC – La signature, par quelque 200 gens d’affaires, d’une déclaration solennelle en faveur de la langue française, prévue vendredi à Montréal, est reportée à une date indéterminée.

Officiellement, la tenue de l’événement, promu par la ministre responsable de la Charte de la langue française (loi 101), Christine St-Pierre, a été remise à plus tard en raison du désistement de certains participants qui ont invoqué à la dernière minute un conflit d’horaires.

Mais se pourrait-il que la crainte de voir se reproduire les incidents violents survenus vendredi passé au Palais des congrès de Montréal, où se tenait le Salon Plan Nord, ait pu orienter la décision de la ministre St-Pierre?

C’est du moins une tentative d’explication lancée par le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, qui préside la Stratégie commune de francisation des entreprises reliée à l’événement.

«Moi, ça m’aurait traversé l’esprit en tout cas, si ç’avait été ma responsabilité», a-t-il indiqué, lors d’un entretien téléphonique lundi. Québec aurait ainsi voulu éviter «de perdre des joueurs».

Vendredi dernier, une manifestation étudiante a tourné au vinaigre et donné lieu à des affrontements à un jet de pierre de la salle où le premier ministre Jean Charest prononçait un discours devant un parterre de gens d’affaires.

Peut-être que certains d’entre eux ont choisi de ne pas se retrouver dans une situation semblable vendredi prochain et ont préféré se désister, ou bien le gouvernement aura-t-il voulu agir de façon préventive, en évitant qu’un tel scénario se reproduise.

Mais le scénario selon lequel certains gens d’affaires auraient réellement un conflit d’horaires est aussi tout à fait plausible, a ajouté M. Leblanc, parce que «les délais étaient très, très courts».

Chose certaine, la décision «est venue du cabinet de la ministre», a-t-il ajouté.

Au cabinet de la ministre St-Pierre, sa porte-parole a refusé de dire quels participants avaient exprimé un problème de disponibilité.

Aucune autre date n’a été fixée pour tenir une nouvelle séance de signature des gens d’affaires, un geste censé servir à démontrer l’intérêt des chefs d’entreprises et commerçants de Montréal pour la promotion du français en milieu de travail.

La séance de signature, qui devait se tenir au Monument-National, devait faire suite à une rencontre du même genre organisée par le gouvernement en octobre 2008 et qui avait permis d’élaborer une stratégie commune de promotion du français en milieu de travail. Une première déclaration solennelle avait aussi été signée alors par les 250 participants.

La déclaration ne s’accompagnera cependant d’aucun engagement particulier ayant pour effet d’imposer l’usage du français dans les entreprises et commerces. Il s’agit davantage d’exprimer des intentions.

Une Chambre de commerce bilingue

M. Leblanc, qui chapeaute la stratégie commune de promotion du français dans les entreprises, s’est dit par ailleurs très à l’aise avec le fait que l’organisme qu’il dirige s’affiche autant en anglais qu’en français.

Le logo de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain est bilingue (français-anglais), la boîte vocale de l’organisme est aussi bilingue, et en consultant son site Internet, on peut choisir, à sa guise, d’accéder aux diverses informations fournies aux entreprises en anglais ou en français.

Interrogé à savoir s’il ne devait pas donner l’exemple, et s’il ne trouvait pas paradoxal de diriger un organisme affichant un bilinguisme intégral, tout en associant son nom à une initiative de promotion du français dans les entreprises, M. Leblanc n’a pas bronché.

«Je n’ai aucune gêne par rapport à notre identité et à notre image», à ce chapitre, a-t-il soutenu.

Il estime que l’image projetée par son organisme «est celle d’un Montréal d’affaires qui a un historique où les deux langues ont été très présentes dans deux communautés d’affaires qui se sont fusionnées en 1992».

«La primauté du français» est très claire à la Chambre, a-t-il fait valoir, tout en rappelant «l’importance, dans un contexte mondial, d’avoir une place pour un anglais qui nous permet de faire des affaires autant aux États-Unis qu’en Chine».

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