OTTAWA – La viande dans les assiettes des Canadiens sera plus à risque qu’avant, craint le syndicat des inspecteurs fédéraux des aliments qui avertit qu’en raison des compressions budgétaires, le système d’inspection sera altéré de façon «radicale».

C’est le son de cloche que le syndicat rapporte avoir reçu des dirigeants de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Les représentants syndicaux déplorent aussi que l’impact réel des coupes à l’agence soit caché au public canadien.

La diminution des inspections de la viande serait particulièrement préoccupante, selon eux.

Ils ont ainsi fait état de la fin du régime d’approbation au préalable des étiquettes des viandes ainsi que du programme destiné à superviser la viande importée des États-Unis.

Ce programme spécial — instauré en raison des risques particuliers que la viande comporte pour les consommateurs — supervisait environ 50 000 cargaisons de boeuf, de porc et de volaille par année. Les camions de transport étaient inspectés et il était fréquemment constaté que la viande était entreposée dans des conditions inacceptables.

«Il n’existe pas de capacité supplémentaire dans les centre nationaux de service à l’importation dont le mandat est de traiter tous les autres produits alimentaires. Avec moins d’inspections, les moyens de défense de la sécurité de nos aliments seront affaiblis», a indiqué Raphaël Tarasco, vice-président national du syndicat.

L’étiquetage pose aussi son lot de défis, histoire de s’assurer que ce qui est écrit à l’intention des consommateurs est bel et bien conforme au contenu.

«Les diabétiques font des choix tous les jours à ce sujet et leur vie en dépend», a pour sa part souligné le président du syndicat de l’agriculture de l’Alliance de la fonction publique, Bob Kingston.

Avant, l’entreprise devait envoyer — avant que les produits ne se retrouvent sur les tablettes — ses étiquettes à l’agence qui effectuait des vérifications, ce qui ne sera plus le cas, selon M. Kingston. «Vous n’aurez aucun moyen de savoir si ce que vous mangez est conforme», a-t-il dit.

Si le scénario de l’agence se réalise, les inspecteurs de première ligne ne serviront plus qu’à réviser la paperasse fournie par les entreprises alimentaires, s’inquiète Bob Kingston. Des inspecteurs d’aliments deviendront ainsi des «inspecteurs de systèmes».

Ce virage plus poussé vers l’autoréglementation de l’industrie rappelle les conditions qui étaient en place au moment de l’éclosion de la listériose dans les viandes froides de Maple Leaf en 2008, juge le syndicat.

Peu après le dernier budget de mars, qui amputait de 56 millions $ le budget de l’agence, le syndicat avait sonné l’alarme, estimant que quelque 300 employés — dont 100 inspecteurs des aliments — seraient remerciés.

Depuis, le ministre de l’Agriculture, Gerry Ritz, fait valoir que la sécurité des aliments ne sera en aucun cas compromise par les changements prévus à l’agence fédérale et que les inspecteurs alimentaires ne seront pas touchés.

Mais en point de presse mardi à Ottawa, le syndicat a fait valoir que les propos du ministre étaient directement contredits par ceux tenus par les dirigeants de l’agence lors de rencontres internes.

Ceux-ci auraient notamment déclaré à leurs employés ne pas savoir comment couper 10 pour cent de leur budget sans toucher au personnel de première ligne.

«Au cours des réunions du personnel, les dirigeants de l’ACIA ont révélé qu’une transformation radicale, je cite, de l’inspection prendra bientôt place», a dit M. Tarasco.

Ces propos ont été attribués à Stephen Baker, vice-président aux opérations de l’agence fédérale. Celui-ci n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

M. Kingston ne remet pas en doute la bonne foi du ministre, mais il croit qu’il est mal informé par l’agence, qui doit gérer tant bien que mal les compressions exigées.

Compte tenu de ces contradictions, M. Kingston estime que la population est mal informée quant à l’impact qu’auront les compressions budgétaires sur les aliments qui se retrouveront sur les tablettes des supermarchés.

Le dernier budget annonçait pourtant des fonds supplémentaires de 50 millions $ sur deux ans pour l’agence. Mais selon le syndicat, cet argent servira uniquement à mettre en oeuvre cette importante transformation des façons de faire les inspections. Et il n’a pas été informé si d’autres programmes prendront la place de ceux qui sont appelés à disparaître.

L’opposition officielle déplore ces compressions faites à une agence qui joue un rôle jugé essentiel.

«Si le gouvernement continue, on va avoir une industrie qui va envoyer de la paperasse, sans que personne ne soit sur le terrain pour s’assurer de ce qui se passe vraiment et que ce soit sécuritaire», a déclaré Malcom Allen, porte-parole néo-démocrate en matière d’agriculture.

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