Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Tony Tomassi.

QUÉBEC – Accusé de fraude et invisible à l’Assemblée nationale depuis des semaines, l’ex-ministre libéral Tony Tomassi a annoncé jeudi sa démission de son poste de député.

M. Tomassi avait fait quelques rares apparitions au Salon bleu, à titre de député indépendant, après avoir été éjecté du caucus libéral et démis de ses fonctions ministérielles par le premier ministre Jean Charest, en mai 2010.

M. Charest avait pris cette décision aussitôt après avoir appris que M. Tomassi avait détenu et utilisé une carte de crédit d’une entreprise de sécurité appartenant à un homme d’affaires controversé, proche du Parti libéral du Québec.

Le premier ministre avait aussi transmis ces informations à la Sûreté du Québec, ce qui a mené au dépôt, en novembre dernier, d’accusations de fraude envers le gouvernement et d’un chef d’abus de confiance par un fonctionnaire public. Les faits qui sont reprochés à l’ex-ministre de la Famille se seraient déroulés entre le 1er novembre 2007 et le 6 mai 2010.

Après le dépôt de ces accusations, M. Tomassi avait exprimé son souhait de demeurer en poste, sans toutefois se présenter à l’Assemblée nationale.

Mais jeudi, M. Tomassi a annoncé dans un bref communiqué qu’il quittait ses fonctions immédiatement.

«Tout au long des années, j’ai représenté avec fierté les électeurs de LaFontaine et je suis reconnaissant de la confiance qu’ils m’ont réitérée à trois occasions depuis 2003», a-t-il dit.

«Dans toute circonstance, j’ai cherché à demeurer un député présent dans le comté, accessible et à l’écoute des citoyens.»

Jugeant l’absence de M. Tomassi déraisonnable, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait déposé la semaine dernière une plainte au Commissaire à l’éthique et à la déontologie.

Le député Éric Caire, à l’origine de la démarche, a affirmé jeudi que l’annonce de M. Tomassi constitue une admission qu’il ne pouvait plus demeurer en fonction sans prendre part aux activités de l’Assemblée nationale.

«C’est le seul geste décent dans les circonstances, a-t-il dit. Par contre, ce que je trouve malheureux, c’est qu’il ait attendu deux ans. Et en posant le geste qu’il pose, dans le fond, M. Tomassi se reconnaît coupable lui-même en vertu de l’article 35 de notre code d’éthique.»

Le code d’éthique des députés stipule que les parlementaires doivent faire preuve d’assiduité et ne peuvent, sans motif valable, «faire défaut de siéger à l’Assemblée nationale durant une période déraisonnable».

M. Caire a déclaré qu’il souhaite maintenir sa plainte afin que le commissaire à l’éthique, Jacques St-Laurent, statue sur ce cas et détermine si M. Tomassi pouvait continuer de toucher sa rémunération malgré son manque d’assiduité.

La Ligue des contribuables du Québec a calculé que M. Tomassi touchera une «prime de transition» de 122 000 $, ce qu’a dénoncé la directrice générale de l’organisme, Claire Joly.

«Dans le cas de M. Tomassi, c’est particulièrement choquant étant donné son absentéisme depuis son expulsion du caucus libéral», a-t-elle dit.

M. Tomassi avait dû renoncer à ses fonctions ministérielles et quitter le caucus libéral en raison de l’utilisation d’une carte de crédit d’une société pétrolière libellée au nom du Bureau canadien d’investigation et d’ajustement (BCIA), une entreprise appartenant à Luigi Coretti, un donateur libéral.

À ce moment, le ministre de la Famille était déjà au centre de la controverse en raison d’allégations de favoritisme dans l’octroi de places en garderie à des donateurs libéraux.

Le député péquiste Nicolas Girard, qui a talonné M. Tomassi dans ce dossier, a estimé jeudi que le ministre déchu n’avait plus le choix de démissionner.

«C’est un des principaux acteurs du scandale des garderies qui quitte, mais ce n’est pas le seul, a-t-il dit. Le rapport du vérificateur général ciblait très clairement le rôle de madame (Michelle) Courchesne dans l’attribution des 18 000 places en service de garde à l’automne 2008.»

Le départ de M. Tomassi forcera le premier ministre à déclencher une élection partielle dans LaFontaine d’ici six mois, à moins qu’un scrutin général soit appelé d’ici là.

Avec cette nouvelle démission, l’Assemblée nationale compte désormais deux sièges vacants, l’autre étant celui de la circonscription d’Argenteuil, sans titulaire depuis le départ du libéral David Whissell, à la mi-décembre.

Sur les 125 sièges au Salon bleu, les libéraux en comptent 64, tandis que le Parti québécois en a 46. La Coalition avenir Québec dispose de neuf sièges, Québec solidaire et Option nationale d’un chacun. Deux députés siègent comme indépendants.

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