Hassan Ammar Mohamed Fahmy. Hassan Ammar / The Associated Press

Le journaliste canadien Mohamed Fahmy soutient que c’est la perspective de rentrer au pays et de se refaire une nouvelle vie qui lui a permis de traverser les jours les plus sombres de son emprisonnement.

Le reporter du réseau anglais d’Al-Jazeera, qui a été libéré sous caution vendredi dernier, au Caire, après plus d’un an de détention, mais qui doit subir un nouveau procès pour «activités terroristes», continue de puiser sa force dans la perspective d’une vie nouvelle.

«Ce qui me motive, c’est que je me joue dans ma tête cette image de mon atterrissage au Canada: juste un homme libre qui ne soucie plus de rien», a-t-il raconté dans une entrevue à La Presse Canadienne. «Depuis ma libération (sous caution), je me sens plus calme et plus heureux, mais tout ce que je veux, maintenant, c’est d’être totalement et réellement libre.»

La vie quotidienne de M. Fahmy s’est considérablement améliorée depuis sa libération sous caution, vendredi, mais le Canadien sait qu’il n’est pas au bout de ses peines. Il se trouve après tout dans des limbes juridiques: il est sans papiers, il doit se rapporter tous les jours à la police, et il subira un nouveau procès à l’issue incertaine, où il réintégrera dès lundi sa «cage» réservée aux détenus dans la salle d’audiences.

«Cette lutte et cette affaire sont loin d’être terminées», admet-il, tout en remerciant les Canadiens qui l’ont soutenu depuis son arrestation. «J’ai besoin de cet appui, afin de bien montrer au gouvernement égyptien qu’on ne m’a pas oublié.»

M. Fahmy et deux de ses collègues de la chaîne satellitaire Al-Jazeera — l’Australien Peter Greste et l’Égyptien Baher Mohamed — avaient été arrêtés en décembre 2013, puis accusés de faire partie d’une organisation terroriste, les Frères musulmans, et de diffuser de fausses informations portant atteinte à la sécurité nationale.

À l’issue d’un procès qualifié de «simulacre de justice» par plusieurs organismes internationaux de défense des droits de la personne, les trois journalistes ont été condamnés l’été dernier — les deux Occidentaux à sept ans de prison, mais l’Égyptien Mohamed à 10 ans. Au début du mois, l’Australien Greste a bénéficié d’une nouvelle loi égyptienne qui permet la déportation d’un étranger accusé ou reconnu coupable d’un crime.

M. Fahmy, qui misait lui aussi sur cette nouvelle mesure, a renoncé à sa citoyenneté égyptienne — afin d’être considéré comme un «étranger» au sens de la loi —, et le ministre canadien des Affaires étrangères de l’époque, John Baird, parlait déjà de libération «imminente» du journaliste. «(Cette déclaration) a déclenché un effet domino», relate maintenant M. Fahmy. «Les stations arabes ont commencé à diffuser l’information selon laquelle Fahmy serait libéré au cours des prochaines heures (…) Le personnel de l’ambassade canadienne a commencé à prévenir ma famille.»

Mais lorsque la nouvelle du nouveau procès est ensuite tombée, M. Fahmy a été dévasté. «Ça a vraiment, mais vraiment été l’un des plus durs moments» de cette épreuve, se souvient-il aujourd’hui.

Le journaliste canadien compte toujours, cependant, sur cette déportation, même si un nouveau procès sera tenu. «Ça pourrait arriver à n’importe quel moment dans le processus judiciaire», a-t-il soutenu. «C’est crucial pour moi, parce qu’on ne peut absolument pas prédire que ce nouveau procès se terminera bientôt.»

Selon M. Fahmy, Ottawa n’a pu expliquer de façon «convaincante» pourquoi le Canadien n’avait pas connu le même sort que son confrère australien. «Des représentants des autorités égyptiennes nous ont dit que les Australiens avaient été beaucoup plus combatifs, meilleurs en communications, moins à cheval sur la diplomatie», soutient M. Fahmy.

Le journaliste canadien aimerait bien maintenant que le premier ministre Stephen Harper intercède en sa faveur auprès du Caire en vue de son nouveau procès — mais aussi pour tous les Canadiens qui seraient emprisonnés au Proche-Orient. «Voilà une belle occasion pour le Canada d’affirmer clairement à tous les dirigeants de la région qu’ils ne peuvent traiter des Canadiens de façon aussi injuste.»

Le premier ministre a indiqué la semaine dernière que le gouvernement canadien avait été en contact avec les autorités égyptiennes «à tous les niveaux», dont le sien, et qu’il demeurait «optimiste» dans ce dossier.

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