MONTRÉAL – La découverte de seringues souillées de sang humain dans les vêtements de divers commerces de détail à Sherbrooke inquiète la population et les autorités, mais un infectiologue du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke se fait rassurant.

Le docteur Jacques Pépin estime que les risques que les personnes blessées par les seringues aient contracté le virus du VIH sont d’environ un sur 1500, au maximum.

Il explique qu’un travailleur de la santé qui se pique avec l’aiguille d’un patient qu’il sait infecté par le VIH s’expose à un risque sur 300 d’avoir été contaminé. Or, les traitements préventifs permettent de réduire ces risques de 80 pour cent, les faisant passer à un sur 1500.

Et puisque les seringues trouvées à Sherbrooke ne contiennent peut-être pas de sang contaminé, ces risques s’en trouvent réduits.

Rappelons que trois employés du Zellers des Galeries Quatre-Saisons se sont piqués sur la même seringue souillée de sang samedi. Une deuxième seringue a été trouvée dans le magasin.

Les employés vérifiaient si les vêtements ne contenaient pas de seringues. Une aiguille recourbée à la manière d’un hameçon sortait de la poche d’un jeans, et elle a piqué les employés aux bras.

Un enquêteur du Service de police de Sherbrooke (SPS) se consacre désormais à temps plein à la résolution du dossier.

Depuis le début du mois de janvier, huit personnes se sont blessées et 20 seringues ont été trouvées. Les cas relevés ont semé un début de panique dans la population et chez les commerçants.

Le directeur du SPS, Gaétan Labbé, est hautement irrité et sympathise avec les gens qui ont été accidentellement piqués. Il s’est emporté lundi matin lors d’une rencontre avec les médias.

«On a affaire à un maudit malade!», a-t-il lancé. «Sa volonté de piquer, de créer une inquiétude auprès de la personne… J’écoutais les témoignages, ça doit être l’enfer, t’es six mois à attendre pour savoir si tu as une maladie, ça n’a pas de maudit bon sens!»

Le porte-parole du SPS, René Dubreuil, a quant à lui assuré que toutes les personnes blessées ont été rencontrées. «Elles ont été envoyées à l’hôpital pour des traitements préventifs en attendant les résultats sanguins», a-t-il affirmé.

Le Dr Pépin a indiqué que les personnes qui pourraient avoir été infectées reçoivent une bithérapie, combinaison de deux médicaments qui agissent sur le VIH.

Si on doit attendre six mois avant de pouvoir confirmer l’infection, c’est que les médecins doivent observer le développement d’anticorps du VIH, et non l’apparition du virus lui-même.

«Nous devons répéter la mesure d’anticorps à plusieurs reprises», explique l’infectiologue, qui a consacré de nombreuses études aux origines du sida. «Les anticorps peuvent prendre plusieurs semaines avant de se développer, et il y a un délai avant que la concentration soit assez élevée pour être détectée.»

Entre-temps, les policiers s’attèlent au contenu des caméras de surveillance, bien qu’ils n’aient pas encore obtenu l’ensemble des enregistrements.

Depuis le début du mois, des seringues dissimulées dans des vêtements ont été découvertes à la boutique Intersport du Carrefour de l’Estrie. Souillées et sans capuchon, elles étaient dissimulées dans des pantalons ou des shorts.

D’autres seringues ont également été découvertes dans les magasins Hart, Zellers et Sears de ce même centre commercial, ainsi qu’au Zellers des Galeries Quatre Saisons, dans l’est de la ville.

Les trois premières seringues contenaient le sang d’une même personne.

Des seringues souillées présentent des risques de contamination au VIH, à l’hépatite B et à l’hépatite C. Selon le Dr Pépin, le virus du VIH survit «quelques jours» dans une seringue.

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