Graham Hughes Student Protests. Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – La loi spéciale adoptée vendredi par le gouvernement Charest aura un effet boomerang: à défaut de les calmer, elle stimulera plutôt la colère des étudiants et alimentera l’inquiétude dans la population, ont affirmé un porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, et le directeur général de la clinique juridique Juripop, Marc-Antoine Cloutier, dimanche

De l’avis du premier, de violentes manifestations comme celles qu’a connues Montréal samedi soir sont le résultat direct de la ligne dure adoptée par le gouvernement.

Le porte-parole de la CLASSE se désole de telles scènes d’agitation, mais observe que la loi adoptée à la majorité par l’Assemblée nationale — un geste de provocation selon lui — ne peut qu’alimenter la colère des étudiants.

À la clinique Juripop, où on pilote une requête visant à contester la loi 78, M. Cloutier se désole du manque de clarté de la pièce législative, qui suscite l’incompréhension des citoyens selon lui.

Il estime que la loi est «tellement discrétionnaire» que son application «ne peut être qu’arbitraire».

«Il y a une incompréhension citoyenne. Le citoyen qui lit la loi et qui veut donner son opinion ne sait pas trop comment le faire, explique-t-il. Comment on fait pour savoir si les organisateurs ont donné leur trajet ou non? Qui décide si 50 personnes manifestent ou prennent simplement une marche? Pour quelle cause, pour quel groupe d’âge peut-on appliquer la loi? Les policiers disent qu’ils vont appliquer la loi avec discernement; ça veut dire quoi? Ça laisse tellement de pouvoir à la police qu’on s’y perd.»

Juripop se félicite des quelque 170 000 appuis dont bénéficiait dimanche matin la contestation du projet de loi 78. La clinique prévoit déposer une requête à la Cour supérieure de Montréal cette semaine afin de modifier certains aspects de la loi spéciale et compte également débattre sur l’ensemble de la loi en juin.

«Nous avons reçu plus de 500 courriels. Il y a notamment des curriculum vitae d’avocats, des lettres de professeurs et de constitutionnalistes qui nous offrent leur appui», affirme M. Cloutier.

À la CLASSE, M. Nadeau-Dubois ne s’étonne pas de voir autant de juristes s’opposer à la loi 78, en dépit de leur opinion sur la hausse des frais de scolarité.

«Avec la loi spéciale, nous verrons une large partie de la population venir nous supporter pour défendre des principes démocratiques et ce, même s’ils ne sont pas d’accord avec le mouvement étudiant sur la question de la hausse des frais de scolarité», explique-t-il, précisant au passage que les avocats de la CLASSE travaillent avec Juripop.

Par ailleurs, M. Nadeau-Dubois n’écarte pas la possibilité que la coalition propose à ses membres de ne pas se conformer à la loi au terme de son congrès, qui a lieu cette fin de semaine à Québec.

«Nous déciderons si la CLASSE va obéir à la loi 78 ou plutôt appeler à y défier. Nous avons de grandes réflexions à faire», a-t-il dit.

La CLASSE se prononcera également sur un possible report de la grève en automne, tablera sur un plan d’action pour garder un «certain niveau de mobilisation» cet été et, de manière plus générale, décidera de la manière de remodeler le mouvement en regard à la loi spéciale.

À propos d’un récent sondage qui indique qu’une majorité de Québécois appuient la loi spéciale, M. Nadeau-Dubois semble peu inquiet.

«Je ne nie pas qu’il puisse exister une certaine lassitude dans la population par rapport au conflit, admet-il. Il y a des gens qui voient peut-être la loi spéciale comme une manière de mettre fin à ce conflit, mais ça n’arrivera pas. Ça ne calmera pas les choses. Une fois que la population aura réalisé que la loi est un échec et qu’elle a stimulé les manifestations, elle va probablement la percevoir plus négativement.»

M. Nadeau-Dubois continue également de regretter la voie choisie par le gouvernement, qui n’aurait pas pu trouver meilleur moyen de «mettre de l’huile sur le feu», à son avis.

«C’est un message terrible qu’on envoie à la jeunesse québécoise avec une telle loi. Elle a beau crier, descendre dans les rues pacifiquement, de manière créative, elle a beau essayer de se faire entendre, être appuyée par des intellectuels, des artistes, une bonne partie de la société civile; le gouvernement n’écoute pas la jeunesse! Il n’a rien a faire de ce qu’elle dit, il n’est même pas prêt a discuter avec elle», lance-t-il.

«Une loi comme ça, adoptée dans la face de la jeunesse, ça va briser un lien de confiance entre toute une génération et les institutions démocratiques du Québec. C’est une cicatrice qui va être très longue à refermer.»

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