Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Dans le but de dénouer l’impasse avec les étudiants, Québec bonifie son programme de prêts et instaure un régime de remboursement proportionnel au revenu des futurs diplômés.

Le gouvernement évalue le coût supplémentaire des ajustements apportés au régime de prêts étudiants à 21 millions $, une facture qu’il s’empresse de refiler aux universités.

Mais le gouvernement demeure intraitable sur l’enjeu fondamental de la grogne étudiante. Il n’est donc pas question de renoncer aux hausses de 1625 $ en cinq ans des droits de scolarité décrétées par Québec.

Le programme de bourses, quant à lui, n’est pas bonifié.

L’annonce des changements au régime de prêts étudiants a été faite jeudi matin conjointement par la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, et le ministre des Finances, Raymond Bachand, après plusieurs semaines d’affrontement avec le monde étudiant et alors que chaque jour supplémentaire de boycott des cours menace la session en cours.

En conférence de presse, la ministre Beauchamp a lancé un appel aux étudiants, en leur demandant de reprendre les votes de grève, d’exiger des votes secrets, et de s’assurer que le processus de votation soit exempt de toute forme d’intimidation.

«Nous entrons dans une période assez critique pour l’obtention du diplôme dans plusieurs établissements où le boycott s’exerce depuis plusieurs semaines», a dit Mme Beauchamp, refusant toute discussion sur le gel des droits de scolarité.

«Je demande qu’on assure l’accessibilité aux établissements à ceux qui veulent retourner en classe, et cela sans intimidation», a-t-elle ajouté.

Disponible à compter de l’automne 2012, la bonification du régime de prêts permettra aux étudiants venant de familles dont le revenu est inférieur à 100 000 $ d’obtenir un prêt couvrant éventuellement la totalité des frais de scolarité et du matériel scolaire. En 2016-2017, ce montant serait de 4525 $ pour 30 crédits.

De plus, aucune contribution parentale ne sera prise en considération, sur le plan fiscal, lorsque le revenu des parents est inférieur à 60 000 $.

Quant au remboursement des prêts étudiants proportionnel au revenu, Québec reporte à plus tard la décision sur le nombre d’années maximal autorisé pour s’acquitter de la dette. Le régime devrait être en place à l’automne 2013.

Ce sont les universités qui devront assumer les bonifications apportées au régime des prêts étudiants. Québec leur demande de trouver les sommes requises — autour de 21 millions $ —en faisant davantage appel au mécénat des entreprises et aux philanthropes.

L’annonce de jeudi a été accueillie sans grand enthousiasme dans les milieux politiques.

L’opposition péquiste, qui se range résolument dans le camp des étudiants depuis le début du conflit, a jugé que l’annonce du gouvernement sentait «totalement l’improvisation».

La porte-parole en éducation, la députée Marie Malavoy, a rappelé que le gouvernement s’était déjà engagé, en 2005, à instaurer un régime de remboursement des prêts étudiants proportionnel au revenu et qu’il n’avait jamais donné suite à cette promesse.

Le porte-parole de Québec solidaire et député de Mercier, Amir Khadir, a déploré que l’annonce n’était «rien d’autre qu’une proposition pour endetter davantage les étudiants». Il a promis de déposer un «plan de sortie de crise» la semaine prochaine.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a lui aussi qualifié l’annonce de «bâclée et improvisée», notant qu’elle ne réglait en rien le problème d’accessibilité aux études. Il a dit comprendre que «les étudiants soient déçus d’une proposition aussi faible» et d’une offre «presque insultante pour les étudiants». Selon lui, Québec doit négocier avec les étudiants pour dénouer l’impasse.

Dans les milieux étudiants et scolaires, l’enthousiasme n’était pas davantage au rendez-vous.

La présidente de la Fédération des étudiants universitaires du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a dit juger que Québec n’accroissait pas l’accessibilité aux études avec cette annonce, mais choisissait plutôt «de faire exploser l’endettement étudiant, pour ceux qui n’avaient pas accès au programme de prêts et bourses».

Elle rejette aussi la demande de la ministre Beauchamp sur la reprise des votes, car, selon elle, il ne lui revient pas «de dicter comment doivent se tenir les votes démocratiques dans les associations étudiantes. Nous avons des règlements généraux pour le faire et on fait confiance à la jeunesse pour prendre cette décision-là par elle-même».

Le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau-Blouin, estime que les pressions étudiantes ont fait en sorte de faire bouger le gouvernement, mais il soutient que l’impasse ne sera pas dénouée sans une rencontre avec la ministre.

La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), qui regroupe 18 universités, a pris acte du fait que le financement de 21 millions $ du nouveau mécanisme de remboursement des prêts proportionnel au revenu se traduira par «un effort supplémentaire» exigé des universités.

Le président de l’Alliance des professeurs, Alain Marois, croit lui aussi que Québec ne fait qu’«augmenter la spirale d’endettement pour les étudiants».

Le réseau des Parents contre la hausse considère qu’il s’agit de «mesures de pacotille qui ne feront qu’accroitre l’endettement de la classe moyenne et des gagne-petit».

Un son de cloche différent provient du milieu des affaires. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain juge que l’annonce vient «consolider l’accessibilité aux études supérieures», une opinion partagée par le Conseil du patronat qui exhorte les associations étudiantes «à profiter de cette annonce pour enjoindre leurs membres à reprendre les cours».

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