Accusé d’agressions sexuelles sur trois femmes, l’animateur de radio torontois Jian Ghomeshi a été acquitté jeudi matin.

Ce dernier avait plaidé non coupable à quatre chefs d’accusation d’agressions sexuelles et un chef de tentative d’étouffement sur une personne pour vaincre la résistance d’une personne. Trois femmes avaient allégué que M. Ghomeshi les avait violentées en 2002 et 2003.

Lors de sa décision, le juge William Horkins a écorché une à une la crédibilité des témoignages des plaignantes. «Ce qui est troublant n’est pas l’absence de clarté, mais plutôt la modification des faits d’un témoignage à l’autre», a déclaré le juge Horkins au sujet de l’une des trois plaignantes.

Cette cause a démontré la nécessité de faire preuve de vigilance quant à la fausse présomption que les plaignantes, dans les cas d’agressions sexuelles, «disent toujours la vérité», a ajouté le magistrat. Il a cependant ajouté que l’acquittement ne signifiait pas pour autant que les événements en question ne se sont jamais produits.

«Il n’y a pas de preuve irréfutable […] Il n’y a que le témoignage sous serment de chacune des plaignantes.» – William Horkins, juge, au moment de rendre le verdict de non culpabilité envers Jian Ghomeshi

À la sortie du procès, le procureur, Michael Callahan n’a pas écarté l’idée de porter en appel le jugement. «Nous venons de prendre connaissance du jugement. Nous allons prendre le week-end pour le regarder et nous allons ensuite évaluer nos options», a-t-il déclaré à la presse sur le parvis du palais de justice.

L’avocat de la première plaignante, Jacob Jesin, a affirmé qu’il «valait la peine» de dénoncer les actes allégués. «C’était difficile pour elle. Je ne crois pas qu’elle le regrette. Elle disait qu’elle était prête à affronter une étape difficile», a-t-il fait savoir.

La soeur de M. Ghomeshi, Jila Ghomeshi, a demandé à la presse de respecter l’intimité de la famille dans les semaines à venir. «Ça a été extrêmement difficile pour nous qui l’aimons. Tout au long de cette épreuve, Jian est demeuré l’homme que nous connaissons et que nous aimons tous», a-t-elle avancé.

M. Ghomeshi subira un autre procès en juin pour une accusation d’agression sexuelle sur une quatrième femme.

Réactions amères

Plusieurs groupes qui représentent des femmes ont accueilli amèrement le verdict de non culpabilité prononcé dans l’affaire Jian Gomeshi, accusé d’agressions sexuelles sur trois femmes.

«Étant donné l’allure que le procès avait pris et ce qu’on connaît du droit, c’était clair qu’on se dirigeait tout droit vers un acquittement, a affirmé la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Deschênes. Je ne suis pas surprise. Très déçue, mais pas surprise.»

Pour Nathalie Duhamel, du regroupement des Centres d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALACS), il est déplorable que l’issue du procès se soit jouée sur les témoins elles-mêmes et non sur les actes allégués.

Dans son jugement, le juge William Horkins a en effet sévèrement remis en doute la crédibilité des plaignantes. Le magistrat a déterminé que les plaignantes n’avaient pas réussi à démontrer «hors de tout doute» que les faits allégués avaient eu lieu. Il cite entre autres des différences entre les témoignages entendus par la cour et ceux offerts aux services policiers.

«Chaque plaignante a démontré, à certains degrés et à plusieurs reprises, une volonté d’ignorer leur serment de dire la vérité. C’est cet aspect qui est le plus troublant pour la cour», a-t-il écrit dans la conclusion de son jugement.

«Il est assez clair que le système judiciaire n’est pas bien équipé pour faire face à ce type de violence. Le jugement tel que rendu nous le montre avec éloquence.» – Julie Miville-Deschênes, présidente du Conseil du statut de la femme

«Pour les femmes, c’est certain que ce n’est pas encourageant de penser qu’elles vont aller au procès et qu’en contre-interrogatoire on peut attaquer leur crédibilité», juge Mme Duhamel, du CALACS.

Elle ajoute que les omissions de la part des plaignantes n’étaient pas nécessairement un signe que leurs témoignages étaient faux. «À partir du moment où les femmes pensent qu’un élément n’est pas important pour leur cause et qu’elles ne disent pas tout, elles s’exposent à être contre-interrogées avec force», affirme-t-elle.

Mme Miville-Deschênes espère que ce procès hautement médiatisé ne découragera pas les femmes qui songent à dénoncer une agression sexuelle.

«C’est quand même un cas assez atypique. Le fait que l’agresseur soit si connu, qu’il y avait huit ou neuf femmes qui ont dénoncé sa façon de faire dans les médias… tout ça en fait un procès qui ne correspond pas au procès typique, explique-t-elle. Je comprends aujourd’hui la colère de toutes les femmes qui se sont rassemblées, mais il faut persévérer.»

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