Si vous voyez un drakkar sur le Saint-Laurent au mois de juin, vous n’avez pas la berlue. Une réplique d’un vaisseau viking lève l’ancre ce dimanche en Norvège pour traverser l’Atlantique. Le bateau recréera ainsi le voyage du fils d’Erik le Rouge, Leif Erikson, qui a visité l’Amérique il y a plus de 1000 ans.

«C’est une expédition épique», résume le capitaine du Draken Harald Hårfagre, Björn Ahlander à propos du voyage de six mois qui le mènera d’Haugesund, en Norvège, jusqu’au Connecticut, en passant par l’Islande, le Groenland, Terre-Neuve, les Grands Lacs et New York.

Le navire de 35 m de long, construit en 2010, est une réplique des bateaux vikings construits entre le 9e et le 11e siècle. «C’est les mêmes matériaux qu’à l’époque, du chêne, du sapin de Douglas, du chanvre pour le cordage et une voile en soie, indique M. Ahlander. Nous aurons tout de même de l’équipement de sécurité moderne. Ce n’est pas permis de naviguer sans ça, puisque le bateau est considéré comme un cargo à cause de sa grosseur.» Pour cette raison, tout l’équipage doit également avoir un entraînement complet de pompier et de premiers soins.

«La vie à bord est très similaire à celle à l’époque. Elle est humide, froide, dure.» –Björn Ahlander, capitaine du Draken Harald Hårfagre, ou «dragon Harald Hårfagre» en français, nommé ainsi en l’honneur d’Harald 1er de Norvège, premier roi de ce pays

Dès le départ, le but était de reproduire l’expédition de Leif Erikson. «C’était l’idée du propriétaire, qui est un passionné d’histoire, raconte M. Ahlander. Si nous avions voulu nous rendre aux États-Unis, nous aurions pu prendre un chemin bien plus facile. Nous voulions faire le parcours historique.»

Le Draken Harald Hårfagre est un navire ouvert, toute la vie se passe donc sur le pont. «Nous dormons dans une tente et nous devons cuire la nourriture à l’extérieur, sur le pont, précise le capitaine. Quand la météo est mauvaise, il faut manger de la nourriture qui n’a pas à être cuite, comme du pain.»

Björn Ahlander

Björn Ahlander

Björn Ahlander a près de 50 ans d’expérience en navigation et a déjà piloté une réplique d’un navire de 1738 entre la Suède et la Chine, aller-retour. Pourtant, il jure que naviguer avec le drakkar sera très complexe. «Normalement, il ne faudrait pas aller sur l’océan avec un navire ouvert, parce que si une vague casse sur le bateau, c’est très dangereux, dit-il. C’est très difficile à contrôler, puisqu’il n’y a qu’une voile de 260 m2 et la vergue [NDLR : La pièce de bois perpendiculaire au mât sur laquelle la voile est fixée] pèse 1 tonne et demie, et nous devons la lever à la main pour l’orienter dans différentes directions.»

Il s’agit donc d’une expédition périlleuse, même si le drakkar sera suivi par un bateau moderne par mesure de sécurité et afin de communiquer avec la terre ferme. «Les eaux au sud du Groenland, près du cap Farvel, sont parmi les plus dangereuses au monde, explique le navigateur. Évidemment, nous avons hâte d’arriver dans le fleuve Saint-Laurent, puisque c’est beaucoup plus facile, même si on ne pourra se relaxer nulle part. Il y a beaucoup de trafic.»

En plus de Björn Ahlander, l’équipage compte 17 femmes et 17 hommes. «J’ai un très bon équipage, très motivé, assure M. Ahlander. Il est composé à moitié de professionnels et à moitié de volontaires.» Ces derniers ont été choisis parmi plus de 4 000 candidats.

Le Draken Harald Hårfagre fera un arrêt à Québec vers le 15 juin. «Nous y ferons un changement d’équipage. Si nous avons le temps, nous serons très heureux d’aller à Montréal aussi», jure le capitaine.

Il sera possible de suivre en temps réel le voyage du navire sur le site web du Draken.

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