Films Séville Mylène Mackay interprète Nelly Arcan.

L’insaisissable Nelly Arcan revit à l’écran dans le nouveau film casse-gueule d’Anne Émond.

«Quand Nelly est morte, je l’ai pris personnel, se rappelle Anne Émond. J’ai pleuré, j’étais fâchée. C’est comme si je m’étais vue 10-15 ans plus tard. Est-ce que je vais finir de même? Est-ce qu’il y a un moyen de traverser la vie en étant une femme, une artiste?»

La cinéaste a rapidement eu l’idée de faire un film sur cette figure tragique, qui s’est réalisé plus tôt que prévu grâce à la productrice Nicole Robert. Un tel sujet lui permettait de traiter de la réalité des femmes (le rapport à l’amour, au sexe, à la beauté, à la vieillesse, au travail…) tout en continuant à explorer les obsessions abordées dans ses précédents longs métrages.

N’ayant jamais rencontré son héroïne, Anne Émond a extrapolé à partir de ses romans et des témoignages de ses proches. Il était question d’une putain, d’une amoureuse, d’une star et d’une écrivaine. Quatre facettes de sa personnalité qui sont présentées à l’écran à l’aide d’un montage parsemé d’ellipses qui fractionne les lieux et les époques. Ce qui les unit est la présence de l’actrice
Mylène Mackay (Endorphine) qui arbore différents masques. Du coup un jeu de duplicité s’opère, mélangeant récit littéraire et autofiction.

«Je pense qu’elle s’est perdue dans sa propre vérité», avance la femme derrière Nuit #1 et Les êtres chers.

Contrairement aux précédentes créations de la réalisatrice, Nelly affiche un parti pris plus distancié et cérébral, une froideur qui rend l’œuvre presque asphyxiante.

«Ce n’est pas vrai qu’on va entraîner le spectateur par la main dans un petit film et le bercer tranquillement, clame la metteure en scène. Le film fonctionne comme une accumulation d’obsessions. Peut-être que c’est irritant et répétitif, mais quelque part sa vie l’était. On se sent tiré avec elle vers le bas. Je voulais que ça soit un peu étouffant, sans issue.»

«Ce film-là est profondément féminin. Je pense qu’on est vraiment dans la psyché de Nelly, qu’on est dans sa tête avec elle, et on voyage dans ses pensées. J’ai l’impression que la sensibilité d’une femme était nécessaire pour ce projet-là.» – Mylène Mackay, sur l’apport d’Anne Émond au scénario et son travail derrière la caméra

La bonne façon de faire

Séparer la trame de Nelly en bribes identitaires s’imposait pour Anne Émond, qui n’a pas délibérément voulu faire un I’m Not There québécois.

«J’ai adoré le film sur Bob Dylan, mais au départ, j’ai écrit le scénario d’un biopic hyper conventionnel, assure-t-elle. C’est ce qui est venu en premier. Je l’ai lu et je l’ai trouvé super plate. Tu ne peux pas traiter d’un sujet comme Nelly Arcan de cette manière-là… Son œuvre et sa vie ont été quand même chaotiques et excentriques. Le scénario factuel, même s’il cherchait à dire la vérité, ne le faisait vraiment pas. Il était tellement loin d’elle que j’avais l’impression de la trahir.»

Aussi dans Culture :

Nous sommes présentement en train de tester une nouvelle plateforme de commentaires sur notre site web. Grâce à Facebook Comments, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!