Marc Piasecki/archives Getty Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, qui débute mercredi.

Soixante-dix ans après sa création, l’événement se trouve «très loin du festival des origines», mais «son ADN fondamental reste le cinéma», assure son délégué général, Thierry Frémaux, à l’heure où certains s’inquiètent de l’arrivée de deux films de Netflix dans la compétition.

En 70 ans, comment a évolué ce festival, rythmé par des scandales et des controverses?
On est très loin du festival des origines par l’ampleur, la taille, la forme. Mais sur le fond, on est exactement au même endroit, c’est-à-dire qu’on passe 12 jours à célébrer le septième art. Il y a eu un nouveau Palais des festivals à l’aube des années 1950, un autre à l’aube des années 1980, le festival a pris de l’ampleur, s’est développé, a créé le marché du film. Les médias sont arrivés, surtout au début des années 1980 […] Mais le sujet principal des conversations à Cannes, qui que vous soyez, ça reste le cinéma.

Les scandales et les controverses, eux, font partie de l’histoire du festival. […] Il y a eu des scandales politiques, sociétaux, comme La grande bouffe de Marco Ferreri et La religieuse de Rivette. Aujourd’hui, il y a moins de ça. De mon côté, j’ai eu à vivre le scandale esthétique de Gaspar Noé [avec Irréversible], celui de Lars von Trier avec Antéchrist, des scandales extra-cinématographiques, comme quand on a accusé à tort -– mais il avait peut-être fait quelques erreurs de langage -– Lars von Trier d’avoir fait l’apologie d’Hitler.

Cette année, vous avez annoncé deux films Netflix en compétition, un film de réalité virtuelle et deux séries en sélection. C’est une révolution?
Une sélection, c’est toujours une série de coïncidences. Alejandro Gonzalez Inarritu, venu deux fois en compétition, a décidé cette année de s’essayer à son tour, comme auteur et cinéaste, à la réalité virtuelle […]. Et on a trouvé très bien de l’accueillir.

On ne montre pas deux séries, on donne des nouvelles de deux grands cinéastes faisant partie de l’histoire du Festival de Cannes, Jane Campion et David Lynch. Et il se trouve que les films qu’ils ont faits sont des séries pour la télévision. […] Mais nous, notre ADN fondamental et notre raison d’être, c’est le cinéma.

Le cinéma lui-même se voit modifié. L’industrie du cinéma voit venir à elle de nouveaux entrants. Ca peut être des pays comme la Chine, ou de nouveaux producteurs et supports de diffusion, Netflix, Amazon, qui décident d’aider à la création de films. L’an dernier, c’est Amazon qui est venu à Cannes, avec quatre ou cinq films en compétition. […] Et cette année, coïncidence, Netflix, l’autre grande plateforme, est venue nous proposer des films. Ou plutôt ce sont deux producteurs américains qui sont venus nous proposer ces films.

Au moment de ses 70 ans, quels sont les défis du festival?
Les enjeux pour l’avenir sont nombreux. Le festival garde sa raison d’être : défendre l’art cinématographique sous toutes ses formes, utiliser l’art et la culture comme un instrument de dialogue entre les peuples, et continuer à faire en sorte que, pendant 12 jours et pour le reste de l’année, le cinéma, aujourd’hui entouré de nouveaux langages des images, puisse être au cœur du monde.

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