Collaboration spéciale Destierros est présenté à la Cinémathèque québécoise et au Cinéma du Parc.

En redonnant leur humanité aux migrants, Hubert Caron-Guay fait œuvre utile avec son documentaire immersif Destierros.

Le portrait que brosse le cinéaste québécois des migrants d’Amérique centrale qui fuient leur pays afin d’échapper à la violence et de tenter de se frayer un chemin au Mexique pour rejoindre les États-Unis ou le Canada est diamétralement opposé aux propos de Donald Trump et de ses fameux «shitholes».

«Ce sont des tribunes toxiques qui tentent de les démoniser, admet le réalisateur, rencontré au café de la Cinémathèque québécoise. On va arrêter de parler seulement de statistiques et on va mettre un visage sur cette immigration-là. Les gens vont parler d’eux-mêmes, et on va traverser avec eux les étapes qui les mènent à la déportation.»

Le long métrage suit ainsi plusieurs individus dans leurs tentatives d’atteindre l’Eldorado. Des hommes et des femmes qui errent de lieu en lieu en attendant de trouver l’endroit où ils seront accueillis et où ils trouveront la sécurité. Destierros signifie d’ailleurs «bannissement» en espagnol, l’état dans lequel ils se trouvent.

Un concept qui fait partie intégrante de la mise en scène – la nuit évoque aisément l’imminence du danger – et qui s’exprime dans la façon dont les individus se livrent à la caméra. Les visages émanent d’un halo noir, libérant du coup leur parole dans des confessions-fleuves qui ne sont nullement entravées par un quelconque montage.

«Ces êtres sont comme des fantômes qui passent, note l’observateur qui a obtenu patiemment leur confiance. C’est leur combat. Ils veulent être invisibles, mais en même temps ils sont pris avec leur corps, ils sont identifiés et profilés.»

Le rythme lent du récit sur lequel se pose parfois une mélodie hypnotisante de Colin Stetson ne fait qu’un avec la réalité et la temporalité des sujets, avec cette attente parfois interminable d’un train ou d’une solution, qui peut ensuite rapidement devenir un poids.

«Quand on n’est pas dans l’action, on pense nécessairement à ceux qui sont restés derrière, à ce qui est devant nous, rappelle Hubert Caron-Guay. C’est là que la paranoïa, 
l’anxiété et l’angoisse commencent à apparaître. Ce sont des violences terribles, comme celle de la précarité. Tu es pris avec toi-même et tu n’es pas responsable de ton parcours.»

Le reflet 
de l’âme

Dans ses images qui se posent à la juste distance des corps sans jamais empiéter sur leur intimité, Destierros propose une autre façon de montrer les êtres humains.

«On pousse le rapport physique, développe son réalisateur Hubert Caron-Guay. C’est d’être sur le visage de ces personnes-là et de vivre, de voir leurs visages qui regardent. Dans leurs mimiques, il y avait déjà une histoire qui était tracée. On se colle à eux pour être immergé dans les états dans lesquels ils se trouvent, et on raconte leurs histoires d’une autre façon.»

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