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Compositeur et pianiste d’exception, Alain Lefèvre est aussi un fervent patriote qui s’est donné pour mission de faire rayonner les compositeurs d’ici. Comme François Dompierre, compositeur des tableaux que Lefèvre propose sur l’album Dompierre : 24 Préludes. Discussion avec un passionnant exalté.

On annonçait la semaine dernière que la fusion entre EMI et Universal se faisait à condition, notamment, que la seconde supprime sa division musique classique. Est-ce que cela vous étonne?
Pour aimer la musique classique jeune, il faut avoir la possibilité d’en entendre un petit peu. Si toutes les chaînes de télé et de radio en présentent de moins en moins, ce n’est pas à l’âge de 20 ans qu’une personne va se réveiller en disant : «J’aime le classique.»

C’est impossible. Il s’agit d’un entraînement. Comme pour les romans. De nombreuses personnes, si on leur demande quel est le grand roman qu’elles ont lu, vont répondre Harry Potter ou le Code Da Vinci! Et lorsqu’on leur demandera si elles ont lu Gustave Flaubert ou Victor Hugo, la réponse sera non. Le drame, c’est qu’on est en train de mettre les arts dans une bulle qu’on appelle l’élite. Or, c’est faux. Schubert ne faisait pas partie de l’élite, Beethoven venait du peuple et Mozart a été enterré dans une fosse commune. Donc, pour répondre à votre question, cela ne m’étonne pas, car pour ces gens-là, la musique classique ne représente aucun intérêt financier.

Sur ce nouvel album, vous interprétez au piano 24 préludes. De quoi s’agit-il?
Un prélude est une pièce relativement courte qui expose en très peu de temps une histoire, un tableau, où l’on retrouve une ambiance déterminée : amour, tendresse, jeu, etc. C’est typiquement issu de l’époque romantique.

Pourquoi François Dompierre?
Je suis profondément passionné et je pense que c’est bien beau de toujours jouer Chopin, Beethoven, Mozart ou Brahms, mais mon travail, la modeste mission que je me suis fixée, c’est de défendre les compositeurs du Québec. J’ai commencé avec Alain Payette, j’ai continué avec André Mathieu, et maintenant, c’est François Dompierre, qui est un grand compositeur. L’an prochain, je me consacrerai à l’œuvre de Walter Boudreau.

C’est plutôt rare, dans le monde des arts, que l’on monte au créneau pour ses contemporains…
Très modestement, c’est plus que rare. Je ne veux pas paraître prétentieux, car je ne le suis pas et c’est une chose qui m’écœure, mais si l’on ne défend pas les créateurs du Québec qui composent en cachette, qui ne sont jamais joués… Désormais, Dompierre sera joué à Montréal, à Québec, aux États-Unis, en Chine, bref partout. Pareil pour Boudreau, Mathieu et Payette. Le principe est le suivant : qui peut défendre un compositeur? Un artiste. Or, si tous les artistes du Québec continuent à ne défendre que ces grands compositeurs, mais jamais les leurs, eh bien, nous n’irons pas loin!

Croyez-vous que le compositeur avait une histoire en tête au moment d’écrire?
Je pense que François a une histoire en tête pour chacun des préludes. C’est pour cela qu’ils s’écoutent bien. François Dompierre est un compositeur québécois, mais aussi nord-américain. Nous avons donc des influences très profondes du jazz, du blues, du rock et de tous ces rythmes-là. Il est donc tout à fait normal qu’un grand compositeur s’approprie des grandes lignées de ces courants, puis les infiltre dans la musique classique. Gershwin l’a fait et c’est dans cet esprit que Dompierre
a écrit une œuvre superbe.

Dompierre : 24 Préludes
En magasin dès mercredi

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