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Dédé à travers les brumes: Célébrer l'icône

Marc-André Lemieux, Métro

Sébastien Ricard n’était pas un grand fan des Colocs. Contrairement à
bon nombre de Québécois, les Julie, Passe-moé la puck, Bon Yeu et
autres succès de la formation n’ont pas résonné dans les oreilles du
comédien pendant la décennie 1990. Trop de rock et pas assez de
hip-hop, explique-t-il… Voilà sans doute pourquoi l’acteur ne
s’attendait pas à ce que le décès tragique de Dédé Fortin le remue
autant au tournant du millénaire.

«J’ai été très ému par la mort de Dédé, raconte Sébastien Ricard. Et puisque j’ai été touché par la mort de quelqu’un que je ne connaissais pas vraiment, j’ai tout de suite compris qu’on avait perdu un énorme morceau.»

Neuf ans après les tristes événements du 8 mai 2000, le comédien et rappeur tient le rôle-titre de Dédé à travers les brumes, un film inspiré de la vie du leader des Colocs. Réalisé par Jean-Philippe Duval (Matroni et moi), le long métrage relate les moments marquants du parcours d’André Fortin, de son arrivée à Montréal dans les années 1980 jusqu’à son suicide dans son appartement de la rue Rachel.

Au fil du temps, plusieurs théories ont été émises sur les raisons qui ont poussé l’icône d’une génération à mettre fin à ses jours. Alors que certains parlent de peine d’amour, d’autres croient qu’il souffrait de bipolarité. Si le film ne cherche pas à expliquer le geste de Fortin, Sébastien Ricard avance sa propre hypothèse.

«Avec Dédé, il n’y avait pas de demi-mesure. Il se donnait corps et âme, tant sur scène qu’en studio. Quand on lit ses textes, on voit à quel point il allait loin. Je ne crois pas que tu reviens indemne de ces plongées-là en toi-même, estime l’acteur. Il a tellement donné à son art… et l’art est un vampire. Il s’est donc retrouvé à 39 ans, pas de blonde, pas d’enfant – et Dieu sait qu’il aurait voulu en avoir. Il était vidé.»

En parallèle

Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre, en 1998, Sébastien Ricard partage son temps entre le jeu et la musique, au sein du trio Loco Locass.

Mener deux carrières de front n’est pas chose facile, surtout quand on tient à ce qu’elles demeurent séparées. «J’ai toujours voulu garder une cloison entre ces deux univers, indique l’artiste de 36 ans. Ce que je fais avec Loco, ça ne concerne pas juste moi. Je ne veux pas que l’acteur finisse par prendre le crédit pour tout le band. Les gens ont tendance à faire ces raccourcis-là. Je ne voudrais pas lire des trucs comme : « Sébastien Ricard, le leader de la formation… » Je me sentirais très mal que le monde en vienne à penser que c’est mon groupe. On est trois là-dedans.»

Vive le Québec libre

Outre la chanson et certains traits physiques, Sébastien «Batlam» Ricard et André «Dédé» Fortin partagent un amour profond de la langue française et surtout, de fortes convictions politi­ques. Souverainistes engagés, les deux artistes ne se sont jamais gênés pour promouvoir l’indépendance du Québec. C’est dans la manière d’exprimer leurs idées qu’ils diffèrent.

Un contraste attribuable au genre musical privilégié par chacun, selon Ricard. «Par essence, le rap est dans ta face et irrévérencieux. Je pense à des tounes comme Libérez-nous des libéraux, où on rit carrément de Jean Charest, précise-t-il. André était aussi baveux, mais contrairement à nous, il a toujours montré beaucoup de respect envers les autres. C’est pour ça que tout le monde l’aimait.»

De son côté, le cinéaste Jean-Philippe Duval a vu en Sébastin Ricard la même candeur et la même fougue que chez Dédé. «Ils ont cette façon d’appréhender la vie avec enthousiasme, sans jugement préconçu, comme des enfants qui jouent et qui ne veulent pas s’arrêter, explique le cinéaste. Sur un plateau de tournage, Sébastien est infatigable. C’est une qualité incroyable pour un acteur.»

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