collaboration spéciale «Je suis une groupie de la critique. Je crois que c’est un métier extrêmement important qui est dévalorisé par tout le monde.»

Elle se définit comme une groupie des critiques, tweete frénétiquement, s’en prend à l’anti-intellectualisme et cause des chirurgies d’Anne-Marie Losique. La blogueuse férue de culture Catherine Voyer-Léger lance Détails et dédales, un recueil de chroniques touchantes, décoiffantes, pertinentes.

Pourquoi bloguez vous et tweetez-vous aussi frénétiquement? Cela répond à quels besoins?
Ça répond à des besoins difficiles à avouer : être entendue, me sentir moins seule, obtenir de la reconnaissance, me sentir utile, etc. Je ne vous dirai pas que j’écris pour moi. J’écris pour être lue. Et je suis très contente de constater que des gens prennent plaisir à venir réfléchir dans mes plates-bandes.

Vous semblez, du moins en partie, d’accord avec Stéphane Baillargeon du Devoir au sujet de la «madamisation» des médias à laquelle on assisterait depuis quelque temps.
J’ai regretté le choix du terme qui a transformé le débat en débat de genre. Par contre, je suis d’accord quant au fait que les médias se concentrent plus que jamais sur une forme de programmation souvent associée au public féminin. On pense, entre autres, à une approche assez concrète des enjeux, liée au savoir-faire, qui intéresserait davantage les femmes que l’univers des idées. C’est ce que j’ai appelé les «médias-conseils». Je m’objecte à l’idée que les femmes s’intéressent uniquement à ces angles et je ne me retrouve pas dans cette idée des médias.

On parle beaucoup d’intimidation par les temps qui courent. Vous avez un point de vue disons alternatif sur le sujet…
Comme sur de nombreux sujets, je nous demande d’être prudents avec les mots. Si toute méchanceté est associée à de l’intimidation, j’ai peur qu’on finisse par relativiser la réelle intimidation. J’en ai aussi contre cette idée qui tend à poser l’intimidation comme la seule cause d’une enfance ou d’une adolescence fragile… Il y a d’autres chemins pour être malheureux.

Cela vous horripile lorsque Anne-Marie Losique s’autoproclame «féministe». Pourquoi ?
Personnellement, je rejette l’idée que la prise du pouvoir par une femme (qu’il soit économique ou politique) est toujours une bonne nouvelle pour la cause féministe. Anne-Marie Losique a du succès dans sa carrière, mais elle s’appuie en grande partie sur une industrie qui capitalise sur des images stéréotypées des rapports entre les sexes et qui exploite à profusion l’image de la femme-objet. Ce n’est pas mon idée du féminisme.

Gainsbourg, qui en en fait une chanson, aurait été ravi d’apprendre que vous avez le béguin pour les hommes… laids.
Les hommes sur qui j’ai le béguin seront peut-être moins ravis! Plus sérieusement, le problème en est encore un de vocabulaire. Quand on parle d’hommes laids, on pense à des gens comme Gainsbourg, Brel, Ferland, Cohen qui ont tous avoué se considérer comme laids. Ce ne sont pas des hommes laids, ce sont des hommes qui ne correspondent pas à l’idée stéréotypée qu’on peut se faire de la beauté.

On dit que vous êtes une groupie des critiques!
Surtout les critiques laids! Non, je blague… Je suis une groupie «de la» critique. Je crois que c’est un métier extrêmement important qui est dévalorisé par tout le monde. La critique est une parole, en soi, qui dialogue avec l’art et qui s’interroge sur la démarche des artistes. Si elle est bien faite, elle est une ouverture à réfléchir l’impact des œuvres dans nos vies et dans nos sociétés.

Pourquoi donc n’êtes vous pas Denise Bombardier comme le souligne une de vos chroniques?
Si je partage parfois ses conclusions, je partage rarement ses arguments. Denise Bombardier entretient l’impression que le Québec régresse, je crois au contraire que nous n’avons jamais été aussi éduqués et outillés. Je lui reproche aussi d’idéaliser une France intellectuelle qui n’est pas la France de tous les jours que j’ai côtoyée en vivant là-bas. Finalement, Mme Bombardier a tendance à poser les enjeux en termes de clivages générationnels, un axe d’analyse que je trouve peu intéressant. J’ai écrit l’été dernier une autre chronique qui s’intitule « Pourquoi je ressemble plus à Denise Bombardier que je veux bien le croire ». On peut la trouver sur mon site.

Vous fustigez, en autres figures médiatiques, Nathalie Petrowski. Est-ce aussi parce que, dans ce monde fait de personnalisation des conflits, vous espérez une réplique qui braquerait le projecteur sur vos écrits?
Je n’ai jamais cru qu’une personnalité publique allait me répondre, mais il est vrai que les billets qui les critiquent attisent la curiosité. Je les critique parce qu’ils ont un pouvoir immense sur le tissu social et sur les perceptions, un pouvoir qu’ils ont tendance à nier. Dans mes tripes, je préférerais être d’accord avec tout le monde. Mais c’est contre mes principes…

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