Denis Beaumont/Métro «La violence fait partie de l’Amérique. Et je trouve ça déplorable», a affirmé hier Spike Lee, invité d’honneur du Festival international du film Black de Montréal.

«Merci pour le prix, c’est une belle journée ici à Montréal, avez-vous des questions?»

Il ne s’épanche pas en flaflas, Spike Lee. C’est correct d’être honoré, et il se disait très heureux mercredi, en conférence de presse, de l’être par le Festival international du film Black de Montréal. Mais il a vite ajouté que les prix, ça se partage. «Avec tous les gens avec lesquels je collabore, autant devant que derrière la caméra.»

Comme l’a rappelé Fabienne Colas, présidente et fondatrice du festival, la visite du vénérable et engagé réalisateur américain coïncide non seulement avec les 10 ans de l’événement montréalais et la présentation du dernier-né de Lee, Da Sweet Blood of Jesus (né d’ailleurs, comme le cinéaste l’a rappelé, grâce à Kickstarter), mais également avec le 25e anniversaire de son film phare, Do the Right Thing. Ce qui a changé pendant ce quart de siècle? s’est enquise une consœur. «Je n’aurais jamais pensé qu’on aurait un président africain-américain. Barack Hussein Obama! En même temps, il y a plus d’Africains-Américains qui vivent dans la pauvreté aujourd’hui qu’il n’y en avait il y a 25 ans», a noté le réalisateur avant de décrier la violence policière à l’égard des Noirs, et de rappeler les récents meurtres d’Eric Garner, de Michael Brown, de Trayvon Martin. «Je crois que les policiers, aux États-Unis, sont déchaînés.»

À une journaliste qui remarquait qu’il y a de plus en plus de stars de cinéma noires, «ce qui peut donner de l’espoir aux jeunes», Spike Lee a répondu avec verve que «sauf son respect, les Noirs ne tiennent toujours pas les rênes de Hollywood!» et qu’il reste encore du travail à faire pour amener la diversité dans ces contrées. «Et ce n’est pas seulement en ce qui a trait à la place occupée par les Africains-Américains, mais aussi à celle que devraient occuper les femmes, les Asiatiques… Les sports, en Amérique, ont éclipsé Hollywood en termes de diversité. Et je ne parle pas juste de ce qui se passe sur le terrain. Beaucoup de Noirs occupent des positions très importantes dans le monde du sport», a remarqué le cinéaste.

Et la leçon la plus importante qu’il ait apprise en 30 ans de carrière, quelle est-elle? «Que c’est un putain de métier difficile. C’est tout. C’est pas une blague. J’adore ce que je fais… mais c’est un milieu difficile.»

Spike Lee à Montréal
Le cinéaste qui a signé de grands films, dont Malcolm X, a abordé plusieurs sujets mercredi. Il a notamment dit…

  • «Les États-Unis se sont bâtis sur deux choses: le génocide des peuples autochtones et le vol d’Africains, amenés de force en Amérique et transformés en esclaves.»
  • «Contrairement à beaucoup de jeunes réalisateurs qui ont décidé qu’ils voulaient faire ce métier le jour où ils ont vu Star Wars, moi, j’ai toujours su que je réussirais, mais je ne savais pas dans quel domaine. En quatrième année, je me pratiquais déjà à signer mon autographe.»
  • «Si vous choisissez de faire un film qui ne parle PAS de politique, C’EST une décision politique.»
  • «Le hockey, ce n’est pas trop mon truc. (…) Mais c’est bien de voir de plus en plus de joueurs de couleur dans la LNH. Il est grand temps que les Rangers en aient un aussi!»

Le 10e Festival international du film Black de Montréal se poursuit jusqu’à dimanche. Pour toute la programmation: montrealblackfilm.com

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