Yves Provencher/Métro Rachel Blais

La vie rêvée des top n’a rien de bien glamour dans Girl Model, des documentaristes Ashley Sabin et David Redmon. Rachel Blais, mannequin montréalaise, y dénonce l’âge beaucoup trop jeune auquel les gamines se mettent à poser. Entretien.

«Être mannequin demande de la grâce, d’excellentes capacités de communication et des bonnes manières. Qui ne rêverait pas de voir son enfant posséder ces qualités?» demande une suave voix off dès les premières images de Girl Model. «L’important, c’est de commencer jeune. À 5 ou 10 ans. D’ailleurs, si vous n’avez pas encore décidé de ce que votre enfant doit faire dans la vie, pourquoi ne pas lui offrir une carrière de mannequin?»

Pourtant, il faudrait être un peu insensible, voire un brin tordu, pour vouloir «offrir» une telle carrière à son enfant après avoir visionné Girl Model. Réalisé par Ashley Sabin et David Redmon, ce documentaire présente les côtés moins reluisants de la course au top à laquelle se livrent filles, agents, parents… Dans Girl Model, on suit Nadya Valle, 13 ans, qui habite Novossibirsk, la capitale de la Sibérie. Elle est grande, blonde, gamine, timide. «Tout le monde me dit toujours que j’ai l’air d’un modèle» déclare-t-elle avec fierté à la caméra dans sa modeste maison, dans laquelle elle partage un lit avec sa grand-maman. Dans une scène touchante, on la voit cueillir des mûres dans son jardin et confier avec candeur que, pour elle, la beauté se trouve «dans la nature, dans l’âme humaine».

Ashley Arbaugh, second personnage marquant du film, recrute des mannequins en Sibérie. En voyant Nadya, ses yeux s’illuminent. Voilà exactement le genre de fille qu’elle cherche pour le marché japonais. Nadya sera donc choisie pour se rendre à Tokyo, avec un contrat croche en poche. Laissée à elle-même, elle s’épuisera à poser et s’endettera de façon dramatique. «C’est criminel de faire vivre ça à un enfant!» lance Rachel Blais.

Mannequin montréalaise de 26 ans, que l’on voit apparaître dans le documentaire (et sur notre photo ci-dessus), Rachel se bat pour que l’âge minimum légal pour pratiquer son métier passe à 18 ans. «C’est impossible de commencer avant 18 ans sans qu’il y ait des séquelles.»

Mais qui blâmer? Les parents, les agences, les consommateurs? «Tout le monde est coupable, dit-elle. Même moi, parce que j’ai commencé jeune!» Effectivement, à 14 ans, Rachel marchait sur Saint-Laurent avec une copine. «Je ne me brossais plus les cheveux depuis quelques mois, j’avais un look hippie et une agente m’a arrêtée pour me demander si je voulais devenir modèle. Je pensais qu’elle se foutait de moi.» Mais avec ses grands yeux, ses longs cheveux blonds et son air angélique, ce type d’offre s’est répété. Rachel a dit non jusqu’à ce qu’elle comprenne que les mannequins, ça voyage beaucoup. «Finalement, c’est avec l’attrait de l’étranger qu’ils m’ont eue.»

En 10 ans de métier, Rachel a été partout, et ses photos se sont retrouvées, entre autres, dans Vogue et Harper’s Bazaar. Pourtant, depuis que Girl Model a été présenté au Festival international du film de Toronto, étrangement, le téléphone ne sonne plus autant qu’autrefois. Les contrats sont annulés à la dernière minute, ou alors on lui en propose en sachant très bien que ces jours-là, elle ne sera pas disponible. «Des agents m’ont confirmé que c’est parce que je parle. Pas juste de la dictature de la minceur – ça les consommateurs sont déjà au courant –, mais aussi de l’âge. On ne sait pas que les filles dans les magazines sont aussi jeunes.» Regrette-t-elle de s’être mise à parler de ce problème? «Hmm… Je ne suis pas du genre à croire que regretter va m’amener loin. Ce que je regrette, c’est que l’industrie ne voit pas à quel point elle pourrait faire un changement extraordinaire.»

Si l’histoire du film ne dit pas tout, on comprend que les pratiques sont loin d’être clean. Girl Model présente par exemple Tigran Khachatrian, propriétaire de l’agence de mannequins russe Noah, un type horriblement louche qui confie avoir fait «de vilaines choses dans sa vie» et qui se voit comme un messie sortant les beautés prometteuses de leur misère. «Tout comme Noah a sauvé les animaux, moi je tente de sauver ces filles». Pour leur faire prendre conscience de la fragilité de l’existence (sic), Tigran amène même ses jeunes protégées… à la morgue.

Reste qu’une lueur d’espoir point à l’horizon. «Avant, l’industrie de la mode était complètement fermée, mais les choses sont en train de changer», confie Rachel, certaine de pouvoir un jour repousser l’âge légal à 18 ans. D’ailleurs, de tous les périples que la mannequin a pu faire dans sa vie, elle se réjouit d’un en particulier : «Mon voyage le plus extraordinaire, c’est quand je suis allée en Inde avec mon sac à dos faire du travail communautaire.» Chaque chose en son temps?

Girl Model
Au Cinéma du Parc

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