Ryan Remiorz Joe Pistone. Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – L’ex-agent du FBI Joseph Pistone, alias Donnie Brasco, qui a infiltré la mafia new-yorkaise à la fin des années 70, assure que les citoyens paient collectivement plus cher pour tout ce qu’a touché la mafia, qu’il s’agisse de l’industrie de la construction ou d’une autre.

«Même si vous ne vous en rendez pas compte, tout produit sur lequel la mafia a mis la main, le public paie ultimement plus cher pour ce produit», a témoigné M. Pistone, lundi, devant la Commission Charbonneau.

M. Pistone, qui a infiltré la famille Bonanno pendant six ans, jusqu’en 1981, a confirmé ce que d’autres témoins experts avaient affirmé avant lui: la mafia peut être partout, partout où elle peut faire de l’argent, notamment dans l’industrie de la construction.

«Vous avez un édifice qui loue des espaces commerciaux. La personne qui loue des espaces à bureaux va devoir charger, disons 6000 $ par mois plutôt que 5000 $, parce qu’elle va ajouter 1000 $ pour récupérer ce qu’elle a dû payer à la mafia pour que cet édifice soit construit. Ultimement, le citoyen ordinaire paie pour tout, pour l’argent que la mafia extorque», a résumé l’ex-agent d’infiltration qui a témoigné toute la journée de lundi.

Et pour être active dans l’industrie de la construction, la mafia a besoin de corrompre des fonctionnaires, des hommes politiques et des entrepreneurs, a témoigné M. Pistone.

À une certaine époque aux États-Unis, elle contrôlait des syndicats, notamment celui des Teamsters, dont les membres font du transport de marchandises. Elle a aussi infiltré des syndicats d’ouvriers de la construction, a-t-il affirmé.

Il a aussi raconté qu’à New York, il y avait «the club», soit cinq familles mafieuses qui étaient actives dans l’industrie de la construction et qui se partageaient ensuite les revenus. Elles faisaient de l’extorsion auprès d’entreprises légitimes ou les contraignaient à acheter les matériaux auprès des entreprises qu’elles contrôlaient.

Il y a eu ensuite corruption de cols blancs et de décideurs. «Ils ont besoin de corrompre des fonctionnaires, des inspecteurs de chantiers. Le crime organisé ne peut pas agir sans corrompre quelqu’un, sans corruption», a soutenu M. Pistone.

Son infiltration

Avant d’aborder la question de l’industrie de la construction, M. Pistone a raconté comment il s’y était pris pour infiltrer la mafia new-yorkaise en se faisant passer pour un voleur de diamants et de pierres précieuses. Il lui aura fallu six à sept mois seulement pour avoir un premier contact avec un barman relié au milieu.

Il a soutenu que «personne, aucun policier n’a jamais réussi à s’approcher si près d’une famille de la mafia».

Sa mission d’infiltration a pris fin lorsqu’il a reçu le contrat d’assassiner un dénommé Bruno et qu’une guerre interne a sévi.

«Pour cette opération, en tout, j’ai eu à témoigner dans une vingtaine de procès. Le nombre total de condamnations a été de plus de 200», a-t-il témoigné.

Selon lui, des liens existaient à l’époque entre des membres de la mafia de New York et celle de Montréal. Il n’a toutefois pu donner de nom autre que celui de «Cotroni». Il s’est rappelé, également, qu’au moment de commettre un meurtre important, la famille Bonanno de New York avait fait venir un tueur de Montréal.

Il croit que des liens existent toujours aujourd’hui, puisque la mafia, selon lui, est un milieu qui ne connaît pas les frontières.

Non-publication de photos

La commission a ordonné aux médias de ne pas filmer ni photographier M. Pistone. Les policiers étaient d’ailleurs présents en plus grand nombre qu’à l’habitude à la commission.

L’ex-agent du FBI a donc témoigné devant un paravent qui empêchait les gens présents dans la salle de le voir, même de dos. Seuls les commissaires, la greffière et la procureure qui l’interrogeait, Me Sonia Lebel, pouvaient l’apercevoir.

De plus, la caméra qui transmettait des images ne diffusait que des images de la procureure de la commission qui l’interrogeait, des commissaires ou du paravent qui cachait M. Pistone. On entendait cependant la voix de celui-ci.

«La commission, les commissaires interdisent toute publication ou diffusion sous quelque forme que ce soit, à quelque moment que ce soit, de la physionomie du témoin Joseph Pistone, sauf pour les photos et vidéos d’archives qui existent déjà et qui sont déjà accessibles au public», a déclaré la juge France Charbonneau, avant que son témoignage ne débute.

Aussi dans La commission Charbonneau :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!