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«Le bonheur est un grand conformisme», m’expliquait Marie-Claude Élie-Morin, auteure de l’essai La dictature du bonheur, que j’ai interviewée dans le cadre de ce numéro spécial. C’est un fait. On cherche le bonheur surtout là où on nous dit qu’il se trouve. On ne s’imagine jamais qu’il pourrait être complètement ailleurs. Dans mon cas, il s’est trouvé en partie dans la routine, ce concept qui évoque tellement la platitude.

D’aussi loin que je me souvienne, on m’a toujours présenté la routine comme la chose la plus beige et plate au monde. Se lever tous les matins en sachant déjà ce qui nous attend : métro, boulot, dodo. L’horreur. Dans les films, les personnages qui font toujours les mêmes activités dans le même ordre nous sont présentés comme des êtres affligés, voire pathologiques. La quête du personnage englué dans sa routine sera invariablement d’en sortir.

Bon, je comprends qu’on ne fera pas un film sur le fait que tous les matins depuis six ans, je mange avec le plus grand des bonheurs le même déjeuner, mais il n’en demeure pas moins que cette routine me rend des plus heureuse. Plus besoin non plus de réfléchir trop longtemps à ce que je mangerai au dîner. La réponse m’attend déjà dans le frigo : une soupe concoctée avec amour et en abondance le dimanche soir. Les autres activités, comme l’entraînement, la promenade du chien ou les visites chez grand-maman, sont réglées avec presque autant de régularité.

Au début, je sentais le besoin de me justifier. «Ça a l’air plate, mais ça me permet de concentrer mon énergie sur les choses qui sont absolument plus intéressantes pour moi que de choisir un légume d’accompagnement. Si je pouvais simplifier ma vie dans tout, comme ça, je le ferais», disais-je, pas toujours aussi convaincue.

Pourtant, je ne suis pas la seule à avoir opté pour la routine. Hillary Clinton a choisi de ne plus se poser de questions d’ordre vestimentaire en adoptant le tailleur-pantalon. L’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, mange le même sandwich au jambon pour dîner depuis 30 ans. Et Claude Meunier fait les mêmes jokes depuis les Lundis des Ha! Ha!

Évidemment, il y a quelque chose de rassurant dans la routine. Je pense que sa mauvaise réputation lui vient justement de ce que certaines personnes y adhèrent parfois par crainte de sortir de leur zone de confort. Quand on a le privilège, comme moi, de pratiquer un métier dans lequel aucune journée n’est pareille, où on peut interviewer une religieuse et une travailleuse du sexe le même jour, visiter une usine de jeux vidéo un matin et se mettre dans la peau d’une employée du McDo le lendemain, on demeure rarement bien longtemps dans sa zone de confort. La soupe routinière devient un repère, et on en vient à se demander si c’est parce que leur vie est plate que d’autres cherchent tant à s’en mettre plein la vue.

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