Cyclistes, ne soyez pas surpris de voir plus de policiers vous arrêter pour vous informer que vous n’avez pas respecté un feu de circulation. Il s’agit d’une nouvelle approche du Service de Police de Montréal pour sensibiliser la population sur la nécessité de respecter le Code de la route, tant pour l’automobiliste que pour le cycliste. La rue Rachel, surnommée « l’autoroute », ne sera pas épargnée.

MàJ du 13 juin: Vélo Québec interpelle la Ville et le SPVM.

MàJ du 18 juin: Suite à une rencontre entre la Ville, le SPVM et Vélo Québec, ce dernier dit appuyer les interventions visant à diminuer les comportements à risque, mais demande à ce qu’il y ait une refonte du Code la sécurité routière pour l’adapter aux nouvelles réalités des cyclistes.

Depuis trois ans, le Service de Police de Montréal (SPVM), dans le cadre de la campagne « Sécurité à vélo » ciblant tant les automobilistes que les cyclistes, intensifie ses activités sur les pistes cyclables de la métropole durant la période estivale. Selon leur bilan routier, il ne semble pas y avoir une augmentation importante du nombre d’accidents impliquant des cyclistes. « En 2012, il y aurait eu 743 collisions alors que pour 2011 on en comptait 641. C’est une augmentation stable d’autant plus qu’il y a de plus en plus de cyclistes et d’utilisateurs de Bixi », explique Nathalie Valois, agent conseillère de la Division sécurité routière et patrouilles spécialisée de la SPVM. « Sur les 31 collisions graves ayant eu lieu en 2012, 15 collisions étaient entièrement imputables à l’automobiliste, 15 autres, au cycliste. Dans la dernière, le coroner a indiqué que personne n’était responsable. On pense donc que la responsabilité est égale. Les cyclistes ne commettent pas plus d’infractions qu’auparavant. » Pour le Plateau, il y a eu 139 collisions légères, trois graves et aucune mortelle. Toutefois, des 6 812 constats émis en 2012, 758 ont été faits dans ce secteur.

Guy Simard habite face à la rue Rachel depuis deux ans. De sa fenêtre, il peut voir cette longue rue où défilent rapidement de nombreux cyclistes. Il l’appelle d’ailleurs « l’autoroute ». Pour se déplacer, il utilise un fauteuil roulant motorisé, mais craint souvent de la traverser. Il doit faire comme les piétons et les automobilistes, c’est-à-dire attendre que cette marée de casques se calme. Certains cyclistes l’ont même déjà insulté. « C’est blessant, mais ils ne sont pas tous comme ça, confie-t-il. On n’a pas le choix si on veut prendre l’autobus. Nous devons passer par la piste cyclable pour rejoindre le débarcadère. » M. Simard connait bien cette rue. Depuis plusieurs mois, il tente sensibiliser les élus de son arrondissement à la situation qu’il partage avec d’autres personnes utilisant un quadriporteur. « On est pas seuls à vivre cette situation. J’ai parlé au Comité des parents de l’école Saint-Louis-de-Gonzague. Ils craignent pour leurs jeunes. », affirme-t-il. Dans un article publié en 2011 par La Presse, on y apprenait qu’il y avait environ une douzaine de cyclistes blessés par année sur la rue Rachel. Par jour, on compte environ 2 581 usagers sur « l’autoroute ».

« Ils ne respectent pas le Code de la route, continue M. Simard avec irritation. Le problème pour tous ceux qui sont en fauteuils roulants motorisés, c’est que c’est autant dangereux sur le trottoir, à cause du risque élevé de chutes, que sur la piste cyclable, à cause des cyclistes. » De son côté, l’agent conseillère Valois explique qu’il y a effectivement de plus en plus de cyclistes têtus, comme en témoigne M. Simard. « On observe que de plus en plus de cyclistes sont récalcitrants. Il y a généralement deux raisons qu’ils invoquent. La première, et celle qui revient le plus souvent, c’est : pourquoi vous n’en donnez pas aux automobilistes, c’est eux les plus dangereux. La seconde, c’est la nature écologique de leur geste. »

Ce qu’en disent les cyclistes

« Il y a clairement beaucoup de cyclistes sur cette rue », avance Gabriel Damant-Sirois, candidat à la maitrise en urbanisme à l’Université McGill. Ce dernier est membre du groupe de recherche multidisciplinaire en transport de McGill (TRAM) qui effectue une étude sur le comportement des cyclistes montréalais afin d’offrir des recommandations à la ville. «Les automobilistes n’ont même pas le temps de tourner à droite à cause du nombre de cyclistes. » Des 1 500 répondants du sondage effectué par le TRAM, il ressort principalement deux points. « D’une part, les cyclistes reconnaissent que les pistes sont adéquates, explique M. Damant-Sirois, mais ils disent également qu’elles manquent de connectivité. Les pistes se terminent abruptement sans se rejoindre. D’autre part, ils demandent à ce qu’il y ait une plus grande sensibilisation des autres utilisateurs de la route à la sécurité des cyclistes. J’imagine qu’ici ils parlent des automobilistes. Ce dernier point revient fréquemment dans les commentaires. » La campagne de la SPVM vise justement à faire modifier les comportements des deux côtés. Depuis le début des opérations policières, M. Simard dit se sentir satisfait du travail des policiers. « Je ne suis pas contre les cyclistes. S’ils arrêtent à lumière rouge, ils n’auront aucun problème. »

Un peu de courtoisie

M. Damant-Sirois mentionne quelques installations que pourrait entreprendre la ville pour régler le problème d’achalandage et de vitesse sur cette rue. « On pourrait y installer des feux priorisant les cyclistes comme ceux annoncés dans la Petite-Patrie, par exemple. On pourrait en installer au coin de Papineau et Rachel. L’utilisation de SAS vélo, comme aux intersections Villeneuve et Saint-Urbain, a également fait ses preuves en Europe. » Les sas cyclables, ou sas vélos, sont des espaces réservés aux cyclistes, généralement identifiés par un revêtement vert, permettant aux cyclistes de se positionner entre le passage piéton et la ligne d’arrêt des automobilistes. M. Damant-Sirois est quand même optimiste. « Il y a une évolution incroyable dans la perception de la place du vélo dans la ville : les gens le voient maintenant comme un mode de transport en soi. La grande difficulté se trouve aux intersections où automobilistes et cyclistes essaient de passer en même temps. Il y a beaucoup de plaintes des cyclistes à ce niveau. » M. Simard propose de son côté de sensibiliser les cyclistes. « En fait, sur la piste cyclable il n’y a pas grand-chose qu’on puisse faire. Le cycliste y est prioritaire. J’ai proposé à la Ville l’installation de panneaux de signalisation pour avertir le cycliste d’un passage pour personnes en fauteuils roulants. Mais là, c’est un peu comme un cédez-le-passage, il s’agit d’un geste de courtoisie, sans plus. »

Le TRAM invite les cyclistes du Plateau à compléter leur sondage sur http://tram.mcgill.ca/velo.html. Le tout ne prendra que 15 minutes.

Rémy-Paulin Twahirwa

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