Tous les créateurs rêvent d’avoir une vitrine pour exposer leur art. La Société de développement commercial du boulevard Saint-Laurent (SDC) a décidé de leur en offrir une, littéralement. Dans le cadre du projet À louer, elle propose à des artistes locaux d’agrémenter à leur guise la devanture de différents locaux commerciaux vacants. Exit traditionnelles pancartes À louer, bonjour œuvres uniques.

L’idée est dans les cartons de la SDC depuis maintenant deux ans, informe Glenn Castanheira, son directeur général. Toutefois, des problèmes de recrutement auprès des propriétaires ont retardé sa mise sur pied.

« On a eu beaucoup de difficulté à les convaincre. Pour la plupart, il s’agit de propriétaires indépendants qui ont une ou deux bâtisses, il ne s’agit donc pas d’agences ou de compagnies. Pour discuter avec eux, il faut parler le jargon des affaires pour leur faire comprendre qu’ils vont y gagner.

« Des fois, on croit que c’est plus facile, car on s’adresse à de petits propriétaires, mais ce n’est pas le cas. Il y a une grande réticence au changement. C’est surtout dû à la crainte, car on a beau leur expliquer le projet, ils ne savent pas à quoi s’attendre. Il faut le voir, on s’attend avec les premières installations que ça fasse boule de neige », soutient M. Castanheira.

À ce jour, cinq vitrines seront éparpillées sur le boulevard Saint-Laurent, entre la rue Sherbrooke et l’avenue du Mont-Royal. La SDC croit cependant pouvoir doubler ce nombre, dès que les premières vitrines seront terminées. Un budget de 15 000 $, qui pourrait être bonifié, a été dégagé pour cette initiative.

Les œuvres seront exposées tant et aussi longtemps que le local est vacant, qu’il s’agisse de semaines ou d’années! Si les créations en viennent à être défraîchies, en raison du soleil notamment, celles-ci seront réparées ou remplacées, assure le directeur général, afin que le projet demeure attrayant pour les passants, mais aussi pour les propriétaires immobiliers.

Le fait « d’habiter » une vitrine permet de réduire le vandalisme, d’embellir le quartier et de favoriser une location plus rapide des locaux, fait valoir M. Castanheira, qui indique que le taux de vacance des locaux commerciaux de son artère oscille autour de 7 %.

Pour lui, ce type de projet constitue une opportunité pour les propriétaires immobiliers d’être proactifs et de se démarquer pour attirer de nouveaux commerçants et redonner son essence à la Main.

Lionel Perrera, installé sur Saint-Laurent depuis les années 1980, est l’un de ces propriétaires immobiliers qui a accepté de prendre part à l’événement À louer.

« Au début, je me demandais de quoi ça aurait l’air, mais j’ai vu que c’était une bonne idée. Ça améliore le coup d’œil du quartier, c’est mieux que de voir des vitrines vides », souligne-t-il, se disant satisfait du résultat.

Il ignore cependant si cela lui permettra réellement de louer son local plus rapidement.

Place aux artistes

M. Castanheira a fait appel à UMA – La maison de l’image et de la photographie pour chapeauter le projet.

« Avec la qualité artistique qu’on a, il est illogique de ne pas en profiter. On a laissé carte-blanche à UMA, car je ne suis pas un artiste. Il n’y a rien de plus pervers qu’un homme d’affaires qui dicte ce qu’est de l’art », affirme-t-il.

Lors du passage du journal Le Plateau, la Rosemontoise Vicky Sabourin en était à terminer son installation au 4255, boulevard Saint-Laurent.

« Je fais de la photographie, des performances et des installations. On est parti de mon travail et on a imaginé une nouvelle installation, pour recréer mon univers. Pour une exposition à Rimouski, j’avais fait des vitrines. Alors c’est comme une mise en abîme, car on met ces vitrines dans des vitrines », explique l’artiste.

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