Romain Schué/TC Media Frantz Jean-Jacques est arrivé à Montréal en 1979, à l'âge de 12 ans.

Ancien travailleur de rue à Montréal-Nord avant de prendre la direction d’Évolu-Jeunes 19-30, Frantz Jean-Jacques est l’une des figures de l’arrondissement. Alors que son organisme, qui aide à la réinsertion des jeunes en proie à des soucis judiciaires, fête ses 10 ans d’existence, il brandit le dialogue comme arme de médiation.

Comment est né Évolu-Jeunes ?
Deux jeunes de Montréal-Nord, Franklin Brismar et Denis Désiré, participaient régulièrement à un tournoi de basket que nous, les travailleurs de rue, avions organisé. Ils se plaignaient, au nom d’un groupe de jeunes, d’un manque de reconnaissance des autres organismes du quartier. Ces jeunes étaient marginalisés, avaient des problèmes avec la justice et besoin d’aide.

Que souhaitaient-ils ?
Avoir des activités récréatives. Ils n’avaient pas accès aux infrastructures, aux gymnases, aux terrains. J’ai entamé avec eux des démarches afin qu’ils puissent les utiliser. Il fallait combler ce besoin de loisirs et d’accessibilité. C’est pour eux qu’est né l’organisme.

2006
C’est la date de création d’Évolu-Jeunes 19-30. Il organise notamment des tournois de basket, de hockey et de soccer tout au long de l’année. Il propose également une aide juridique gratuite aux jeunes avec des problèmes judiciaires.

En août 2008, Fredy Villanueva est tué après une intervention policière et des émeutes ont ensuite marqué l’arrondissement. Est-ce un tournant pour Évolu-Jeunes ?
Tout à fait. L’arrondissement a ensuite reconnu officiellement notre organisme et notre travail auprès d’une clientèle qui a besoin d’être encadrée, guidée dans leurs griefs. Depuis ce temps, on a bonifié nos services pour mieux répondre à leurs demandes. Dès 2009, on a pu mettre sur pied un encadrement des travaux communautaires, des mesures imposées par la cour. Les jeunes concernées effectuent leur peine avec nos animateurs. Ils s’assurent de la sécurité et du bon déroulement des activités. On veut qu’ils deviennent des agents du changement.

«Certains jeunes sont désespérés et pensent qu’il y a une bataille à gagner contre la police»

Après le décès de Bony Jean-Pierre début avril, vous affichiez votre crainte de voir de nouveaux débordements qui auront finalement lieu quelques jours plus tard…
J’avais de l’appréhension et je craignais des gestes de folie, de frustration. Je l’avais prévu. C’est pour ça qu’il faut surtout encadrer ces jeunes en cas de crise. Certains sont désespérés et pensent qu’il y a une bataille à gagner contre la police. Il faut les écouter. Lorsqu’on a une oreille attentive, la tension baisse.

Evolujeunes2Cette tension avec les forces de l’ordre a-t-elle diminué depuis la mort de Fredy ?
Aujourd’hui, même s’il y a toujours quelques agents troubles, les hauts-dirigeants et les agents communautaires ont une approche différente avec notre clientèle. Certains agents, qui ne sont pas trop répressifs, sont même bien perçus par ces jeunes qui se sentent mieux respectés. Mais, il y a toujours des jeunes marginalisés où la vue d’un policier les insécurise. Ceux qui ont un squelette dans leur placard réagissent mal en voyant un policier.

Comment assurer une bonne relation entre ces deux parties ?
Notre force, c’est la proximité et le lien de confiance que l’on développe avec ces jeunes. On joue un rôle de médiateur. On veut remettre en confiance ces jeunes avec les institutions, leur faire-valoir les bienfaits. La police est un besoin nécessaire dans une communauté. Elle est là pour protéger les citoyens. Il faut apprendre à vivre avec elle.

«J’ai été élevé ici et je ne ressens aucune insécurité en marchant dans les rues»

Montréal-Nord conserve une mauvaise image dans l’opinion publique. Est-ce réellement un arrondissement dangereux ?
Dans la perception générale, oui, mais dans la réalité, non. J’ai été élevé ici et je ne ressens aucune insécurité en marchant dans les rues, même à 3h ou 4h du matin. Ce n’est pas un endroit dangereux. N’importe qui, même un étranger, je ne pense pas qu’il se ferait attaquer ou dévaliser. C’est une très mauvaise image qu’on transporte.

Pourquoi ?
Il y a une perception très négative du comportement de certains jeunes. À Montréal-Nord, lorsqu’il y a des attroupements près d’un commerce, on trouve ça suspect. On se questionne. Mais, à Haïti, on retrouve ça aussi et c’est tout à fait inoffensif.

Est-ce du racisme ? De la peur ?
De l’ignorance plutôt, face à une autre culture. Un manque d’ouverture par rapport à d’autres mœurs qui empêche de comprendre certains comportements. Il y a une mauvaise interprétation. Ça arrive aussi de la part de policiers qui vont mal décoder un geste fait par un jeune provenant d’une autre communauté culturelle.

Depuis 10 ans, l’arrondissement a-t-il changé, évolué ?
Montréal-Nord, oui, a évolué. C’est une plaque tournante de l’immigration au Québec avec notamment une forte communauté haïtienne. Mais, dès que leur situation économique change, les gens déménagent. Il y a une mutation constante. Il faut tenir compte de cette spécificité pour développer des mécanismes d’accueil pour les nouveaux arrivants. Je trouve malheureux que l’on trouve ce milieu difficile, alors que c’est un milieu d’accueil.

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