Archives TC Media Dominic Blanchette dirige l'école secondaire Calixa-Lavallée depuis 2009.

Le directeur de Calixa-Lavallée, une école secondaire longtemps perçue comme l’une des plus violentes de la métropole, quittera son poste en début d’année prochaine. À son bilan, notamment, une nette diminution du taux de décrochage scolaire.

Après 13 ans passés dans le milieu éducatif à Montréal-Nord, dont huit à la tête de Calixa-Lavallée, l’un des plus importants établissements scolaires de l’île, Dominic Blanchette a décidé de s’attaquer à de nouveaux défis.

«Je suis fier du travail accompli», sourit, d’emblée, le prochain directeur général du Pensionnat Notre-Dame-des-Anges, en mars 2017, un établissement privé situé dans le quartier de Rosemont.

«C’est une offre que je ne pouvais pas refuser, car j’ai besoin de carburer à d’autres défis. C’est une décision murie, mais difficile, car j’ai développé une histoire d’amour avec Montréal-Nord», reprend cet ex-enseignant.

Coups de feu et douille
Natif de la région de Québec, c’est en 2004 que Dominic Blanchette s’installe dans l’arrondissement et devient directeur-adjoint de Calixa-Lavallée, alors surnommée le «bunker». La violence y était monnaie courante.

«Quelques mois après mon arrivée, un élève vient me voir avec une douille de fusil dans la main. Il l’avait trouvée dans le stationnement. Le responsable de la sécurité m’a dit: « Inquiétez-vous pas, ça arrive souvent ». À l’époque, la réalité du quartier m’était peu familière», se souvient-il, avant de mentionner «des coups de feu que l’on entendait régulièrement».

33,7%
Le taux de décrochage actuel à l’école Calixa-Lavallée. Il était d’environ 60% en 2006.

«Mettre une brique après l’autre»
Établissement classé parmi les plus défavorisés du Québec, au taux de décrochage abyssale et peu enviable (près de 60% en 2006), Calixa-Lavallée illustrait alors le mal qui rongeait l’arrondissement, deux ans avant le drame touchant Fredy Villanueva. Repaire notamment de gangs de rue, l’établissement semblait au plus mal.

«Montréal-Nord ne montrait pas le meilleur de lui-même. Des membres du personnel avaient peur de quitter l’école le soir. Il fallait sortir en groupe. On était au plus fort des problèmes, avant le démantèlement du gang de la rue Pelletier. Certains distribuaient même des tracts devant l’école, mais on n’intervenait pas nécessairement. On me disait: «c’est comme ça», reconnait-il, avouant «quelques doutes pour répondre aux défis qui m’attendaient».

Mais depuis, le visage de Montréal-Nord et de son école secondaire ont bien changé.

«Il fallait mettre une brique après l’autre», explique celui qui a dirigé l’école primaire Saint-Rémi entre 2006 et 2009 avant de revenir au poste de directeur de Calixa-Lavallée.

66,8%
Le taux de diplomation actuel avant l’âge de 20 ans au sein de l’établissement. Un chiffre en forte hausse depuis 2009 (44,6%).

Ouverture aux organismes
Petit à petit, l’établissement de 1 500 élèves s’est transformé. Dominic Blanchette a ouvert la porte aux organismes communautaires et a multiplié les initiatives pour pousser les adolescents à rester sur les bancs de l’école.

Développement des équipes sportives et des activités culturelles, conférences avec des acteurs connus du milieu pour illustrer la persévérance et la réussite, mise en place de différents programmes pour rapprocher Calixa-Lavallée des familles et de la communauté: «on voulait développer une école de qualité, qui pouvait faire une réelle différence dans la vie des jeunes», précise-t-il.

Le succès est indéniable, comme l’illustre le taux de diplomation qui a grimpé de plus de 20 points depuis son arrivée.

«Le fruit d’un travail d’équipe», affirme Dominic Blanchette. Un travail qui se mènera désormais sans lui.


«Une grande perte»

Les différents organismes et acteurs de Montréal-Nord soulignent le travail de Dominic Blanchette à la tête de l’école secondaire Calixa-Lavallée.

Alors que la mairesse Christine Black, ex-directrice du Centre des jeunes l’Escale entre 2006 et 2016, indique «une grande perte pour l’arrondissement», la conseillère en développement du poste de quartier 39 se montre «triste de perdre un allié et acteur de changement.»

«Il a été inclusif, a aidé à l’intégration sociale des jeunes issus des communautés, précise Rose-André Hubbard. L’école, c’est le premier endroit où le jeune doit se sentir valorisé. S’il se sent exclu, il ne va pas croire dans la société», assure celle qui a notamment participé à la mise en place l’an passé d’une activité de course à pied entre les policiers et les élèves de l’établissement.

Un sentiment partagé par Mijanou Simard, directrice de Coup de pouce jeunesse, qui propose plusieurs activités aux jeunes de Calixa-Lavallée. «Il a porté beaucoup d’attention à développer les liens entre l’école, les familles et la communauté pour assurer la meilleure cohésion possible», détaille-t-elle.

«Il croit beaucoup aux jeunes et les chiffres sont la preuve de son impact», reprend Christine Black qui compte souligner son implication lors d’un prochain conseil d’arrondissement.

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