Collaboration spéciale Will Prosper s'est rendu sur la terre de ses ancêtres pour réaliser un nouveau documentaire.

Militant engagé à Montréal-Nord, Will Prosper a quitté, quelques semaines, son arrondissement pour réaliser son quatrième documentaire. Sur la terre de ses ancêtres, en Haïti, l’ex-policier est parti à la rencontre de ces ex-immigrants québécois qui ont quitté le Canada pour participer à la reconstruction d’un pays toujours meurtri par le terrible séisme de 2010.

Pour des centaines de Québécois d’origine haïtienne, ce fut un aller sans retour. Quelques jours et mois après le dramatique tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a fait plus de 230 000 morts, nombreux sont ceux qui ont quitté leur terre d’accueil pour aider à la reconstruction d’un pays ravagé.

Une décision radicale et engagée qui a marqué Will Prosper. Né à l’hôpital Fleury de Montréal-Nord, le fondateur de l’organisme Montréal-Nord Republik, qui a notamment organisé une vaste campagne de financement après cette tragédie, s’est retrouvé face à un dilemme. Balancé entre l’envie d’aider un pays quitté par son père au début des années 1970 et des impératifs familiaux, le documentariste a finalement pris ses caméras pour «comprendre ceux qui ont décidé de s’investir».

«Pour moi, c’était une réflexion difficile, j’y pense d’ailleurs toujours, avoue cet ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Je voulais voir ce que ces Québécois, parfois des gens que je connaissais, vivent aujourd’hui. Je voulais connaître leur réflexion, leur univers, voir ce que moi-même j’aurais vécu si j’avais fait le même choix.»

«Si je ne le fais pas, qui va le faire?»
Le résultat est frappant. Souvent émouvant. Constamment troublant. Entre espoirs et déceptions, Will Prosper navigue en eaux bien troubles. Bringuebalé entre des envies de reconstruction et une réalité bien différente de lointaines perceptions.

allersimplehaiti_photo13_haiti-%e2%94%ac-franc%e2%95%a0oois-le%e2%95%a0uger-savardAprès avoir notamment exploré l’univers des croyants d’origine haïtienne puis l’emblématique tournoi de basket de rue de Montréal-Nord, le documentariste, qui connaît bien la région, a passé deux semaines visiblement mouvementées en Haïti, à la fin de l’hiver dernier.

«J’ai connu ce pays avant puis après le tremblement de terre, raconte celui dont une partie de sa famille réside toujours sur l’île. Jeune, vers 7 ans, je me rappelle de ma première journée. C’était un cauchemar, je voulais rentrer. À la fin du séjour, je voulais y rester. Mais, la situation aujourd’hui m’attriste. Les Haïtiens ont toujours eu beaucoup de résilience, mais beaucoup se sentent de plus en plus abandonnés et tentent de se prendre en main.»

Parmi eux, Carla, Guy, Régine, des anonymes, des entrepreneurs, des profs, des responsables d’organismes communautaires. Tous ont quitté Montréal, plein d’espoirs. «Si je ne le fais pas, qui va le faire?» s’interroge notamment une ex-employée de banque souhaitant montrer la voie, espérant être suivie.

J’ai vu sur place des choses incompréhensibles. La situation se détériore. Dès mon arrivée, il y avait un feu, mais le camion de pompier n’avait plus d’eau pour le stopper. C’était symbolique. Les gens veulent un changement, mais rien n’est prêt et ce feu perdure.» –Will Prosper, documentariste

Une place difficile à trouver
Tout au long de ce documentaire de 46 minutes, Will Prosper traverse Port-au-Prince, ses alentours, rencontre des familles, recueille des témoignages bouleversants, visite des quartiers encore détruits et tente, surtout, de comprendre la place trouvée par ceux qui disent, comme cet employé à présent du ministère de la Culture, vouloir «changer l’image d’Haïti».

allersimplehaiti_photo17_haiti-%e2%94%ac-franc%e2%95%a0oois-le%e2%95%a0uger-savardParfois optimistes – «Je suis complètement une autre personne. J’ai tellement appris sur la vie, l’humain, la compassion», assure une entrepreneuse –, ces exilés d’un jour semblent régulièrement en «quête de leur identité», perdue entre un Québec qui les a parfois jugés, et une terre d’origine qui les rejette.

«Je suis une étrangère partout. Un peu exil avec moi-même. On se cherche une identité, c’est un peu un KO personnel et on doit vivre avec», avoue sans fard l’une des témoins interrogés.

Une «réalité plus complexe qu’elle n’y paraît»
«Il y a souvent ce sentiment de n’appartenir à aucune nation, reconnaît Will Prosper. C’est difficile à porter, car l’être humain a besoin de connaître ses origines. Au Québec, on leur disait qu’ils étaient des Haïtiens, mais en Haïti, on ne les accepte pas toujours. La manière de faire, de comprendre, de travailler est différente. La perception n’est pas la même. Il faut prendre en considération cette réalité plus complexe qu’elle n’y paraît.»

Au fil de ce documentaire, les notes positives, mettant en avant l’avancée du tourisme principalement, s’évaporent au détriment «du désarroi» et du pessimisme de l’auteur, qui n’hésite pas à évoquer un «racisme» et une «violence» toujours présents. «Je me devais d’être honnête, beaucoup ont ce même constat d’échec», confie Will Prosper.

Sept ans après ce séisme meurtrier, il reste visiblement encore beaucoup de travail.

Aller simple Haïti, diffusion le 15 janvier (21h), le 17 janvier (23h) et le 20 janvier (15h) sur Canal D.

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