www.mqrp.qc.ca/docs2012/brick.jpg Les médecins québécois pour un régime public ont lancé une campagne d’information sur les effets pervers de la marchandisation des soins de santé.
Chez l’optométriste, il y a toujours un nouveau « guidi ». Toujours un nouveau produit, une nouvelle patente, une nouvelle substance. C’est agaçant à la fin. Dans un établissement privé où l’on vous offre des soins de santé, il peut être ardu de départager ce qu’on vous offre pour vos bons soins de ce qui sert surtout à allonger la marge de profit du proprio.

Donc, vous arrivez chez l’optométriste, vous passez votre examen et tout va. Tout se passe bien, la confiance s’établit peu à peu, puis soudain, on bifurque sur un registre commercial et on vous offre la « nouvelle génération » de tel produit que vous devez acheter et qui est, bien entendu, un peu plus cher, mais qui en vaut le coup puisque la santé de vos yeux en dépendrait.

 « La toute nouvelle génération de bouteille de solution qui nettoie 3,7 fois mieux vos lentilles. Ça a été testé en Arizona, c’est une avancée tout à fait révolutionnaire. »

Ça dépend de quelle type de révolution on parle. Dans les laboratoires d’une multinationale pharmaceutique dont le chiffre d’affaires est grand que le PIB de la majorité des pays du monde et qui investit deux fois plus d’argent dans le marketing que dans la recherche, la révolution, ce n’est pas nécessairement l’innovation technologique…

Vous en êtes à ces réflexion lorsque l’assistante administrative (ou plutôt, la préposée aux ventes) vous attend un plus loin et revient à la charge.

« Avez-vous fait votre choix? Choisirez-vous notre nouvelle bouteille de liquide qui purifie les lentilles grâce à sa nouvelle formule de pointe importée d’Allemagne? Écoutez monsieur, c’est tellement efficace comme produit qu’on se demande si des humains ont vraiment réussi à inventer une telle chose ou si cela nous vient d’une espèce supérieure.»

Puis vient alors l’offensive finale : l’argument du portefeuille.

« Et ce n’est pas tout, si vous achetez quatre bouteilles au prix régulier ce mois-ci, vous en recevez une cinquième pour le même prix,  très avantageux pour vous ».

In extremis, elle en rajoute une couche. Elle fait du zèle.

« Et n’oubliez pas d’aller nous aimer sur Facebook, vous y trouverez des surprises dont vous serez le seul à bénéficier, voyez comme vous êtes chanceux. »

Un instant, vous la prenez en pitié. Après tout, n’est-ce pas d’une infinie tristesse lorsqu’une vie entière tourne autour d’une solution à lentilles de contact faussement révolutionnaire et dont le sort sur le marché n’affectera pas les intérêts de la personne qui la vend, ni ceux de la personne qui l’achète, mais ceux d’un quelconque actionnaire de l’entreprise ?

Mais vous vous ressaisissez à temps.

« Alors, cette nouvelle solution pour vos lentilles, qui rendront vos yeux contents contents, vous la prenez? »

Non.

*****

J’aime bien mon optométriste, j’ai plutôt confiance en elle, après en avoir visité plusieurs qui m’ont semblé moins proches du statut de professionnel de la santé que n’importe quel agent de télémarketing. Je l’aime bien. Elle œuvre à Montréal-Nord.

Le commerce où elle travaille toutefois met cette confiance à rude épreuve chaque fois qu’on tente de me vendre de nouveaux machins à l’aide d’une rhétorique suspecte. Je suis convaincu que la plupart de ces produits sont inutiles, je connais trop bien les manœuvres des entreprises pharmaceutiques. Pour elles, l’éthique n’est souvent qu’une option peu rentable.

Mais il s’agit tout de même de mes yeux. Je ne peux pas m’en contreficher non plus. Il y aura certainement, comme il y en a eu dans le passé, des innovations qui profiteront à la santé de mes yeux et des vôtres.

Mais comment départager le vrai du faux lorsque vous savez que ceux à qui vous vous adressez et en qui vous voudriez avoir confiance ont pour objectif premier de vendre et de vendre toujours plus?

Il y a beaucoup de parcelles de la vie humaine que nous avons abandonnées au marché et aux marchands. Il faudra tôt ou tard reconquérir ces espaces et expliquer gentiment, mais fermement,  aux entreprises privées que la santé ne doit pas, et ne peut pas, être une business.

Ne serait-ce que pour que notre confiance ne soit obstruée par des impératifs de vente.

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