En 1943, rien ne laissait prévoir l’explosion démographique qui ferait passer Montral-Nord de coin de villégiature de 7 000 âmes à municipalité de près de 100 000 habitants. La première semaine de pratique du Dr Paul Lizotte a donné raison à l’aîné: 42$ pour régler sa chambre et son bureau, se nourrir et se déplacer! Quand par surcroit on songe à prendre épouse… La première fois qu’elle a quitté leur village natal de Saint-Éloi de Kamouraska pour rendre visite à son fiancé, Simone Belzile a pleuré. Les rues de Montréal-Nord n’étaient pas pavées, une grosse souche trônait au beau milieu de Monselet, juste devant le bureau de Paul…La brousse, quoi! Mais les vertus théologales que partageaient les amoureux allaient être récompensées. À l’unisson, ils ont déjà déclaré un bilan de 40 ans de bonheur. Et la reconnaissance sociale couronne le dévoueme3nt inlassable du bon docteur, déjà comblé par la reconnaissance tout court d’une clientèle nombreuse et fidèle.

Dès l’âge de 17 ans, à la suite de crises de rhumatisme articulaire, Paul Lizotte est catalogué «cardiaque» et systématiquement refusé par les compagnies d’assurance. Bienheureux diagnostic qui le sauvera par deux fois du service militaire! Handicap béni qui vaudra aux citoyens de Montréal-Nord la venue chez eux du petit gars de Saint-Éloi… En effet, il aurait sûrement «viré» médecin de campagne, n’eut été le conseil de son cardiologue de s’établir près d’une grande ville, «pour travailler moins fort»…Ha! Ha! Ha

En 1943, la guerre s’éternise. La production automobile roule au ralenti et les compagnies de télécommunications ont autre chose à faire que d’installer des lignes téléphoniques privées. De sorte que le Dr Lizotte est forcé de se passer d’auto pendant plusieurs mois et doit son premier téléphone à la générosité d’un concitoyen qui lui cède tout simplement sa ligne. Avec 4 000$ de dettes d’études – universitaires à Laval et classiques à Sainte-Anne-de-la-Pocatière -, le jeune médecin se lance avec confiance dans la construction de sa première maison où il aura son bureau. Il faut dire qu’à Montréal-Nord, à l’époque, les terrains se donnaient littéralement: 65$ pour le premier, et un deuxième en prime, si vous bâtissiez dans l’année!

L’invasion de nos glorieux militaires de retour du front fait gonfler la population…et le ventre des femmes. Le baby-boom ne prend pas le Dr Lizotte au dépourvu; il a déjà signé avec la Vieun contrat qui réglera l’organisation de sa vie personnelle pour plusieurs décennies. « On ne laisse pas tomber une femme dont on a commencé à suivre la grossesse »dit-il.

Cela veut dire que l’on s’accorde trois semaines de vacances par an, en ayant bien prévu qu’il n’y aurait pas d’accouchements pendant ce temps-là, et les onze autres mois et une semaine, on est disponible 24 heures sur 24. «En tant que femme, et femme de médecin, j’étais d’accord avec ce principe», déclarait madame Lizotte.

De toute façon, où trouver les loisirs prolongés, quand on passe six matinées par semaine à l’hôpital, six après-midi et six soirées à son bureau, souvent jusqu’à minuit, et qu’après, on se rend à domicile? La clientèle était ouvrière. Les gens étaient sincères et reconnaissants. C’était une clientèle familiale.

Comme le médecin de campagne, le Dr Paul Lizotte a été sollicité pour devenir maire de sa municipalité de Montréal-Nord. Le docteur a déjà raconté «Yves Ryan me poussait dans le dos. Il m’a souvent dit que c’était à cause de moi qu’il était maire». Que si j’avais accepté, j’aurais été élu sans aucune opposition.»

Le Dr Lizotte a pratiqué à Sainte-Jeanne-d’Arc de 1944 jusqu’en 1974. Et, à la fondation de l’hôpital Saint-Michel, en 1956, il s’est joint à l’équipe d’omnipraticiens et il a fait de cette institution son port d’attache, tout en restant membre de Sainte-Jeanne-d’Arc.

Quand les gens ont commencé à faire la queue sur le trottoir, parce que son bureau était devenu trop petit, le Dr Lizotte a acheté quatre terrains, de l’autre côté du boulevard Saint-Vital, à deux pas de l’église, et a fait appel à un architecte «qui voyait grand». Il en est résulté un bel espace harmonieux pour la famille et, juste au-dessous, une salle d’attente plus spacieuse que bien des «urgences», un cabinet assorti et un bureau.

Un jour le Dr Lizotte a été appelé sur les lieux d’un accident, sans savoir qu’il allait constater le décès de son fils aîné, âgé de huit ans. La famille comptait cinq enfants.

En 1980, le gouvernement du Québec décide de construire à Montréal-Nord un centre d’accueil pour personnes âgées. Le député Laplante préconise comme site l’extrémité nord du boulevard Saint-Vital, au bord de l’eau, dans son comté. Mais la population ne veut pas d’un édifice en hauteur qui lui cacherait la vue de la rivière. On s’entendra pour localiser l’institution plus dans l’est, dans le comté de Jacques-Morin.

La première pelletée de terre est levée pendant le mandat du ministre Lazure et la bénédiction, en1983, a lieu en présence du nouveau ministre des Affaires sociales, Pierre-Marc Johnson. Le centre d’accueil porte le nom du Dr Lizotte. Mais attention! Le docteur tenait mordicus à préciser «qu’il ne s’agissait pas d’une récompense politique».

Il a dit d’abord dit non à cet hommage, pour des raisons personnelles et en alléguant, que, bien d’autres que lui méritaient cet honneur. Le député a dû revenir à la charge, fort d’un sondage effectué à l’échelle de Montréal-Nord et qui confirmait la volonté populaire de voir le nom du Dr Paul Lizotte inscrit au frontispice du temple du quatrième âge. Finalement, le médecin a acquiescé.

Le centre d’hébergement Paul Lizotte est situé au 6850, boulevard Gouin Est à Montréal-Nord.

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