Collaboration spéciale Rita de Santis

Nommée, à la surprise générale, ministre de la Réforme des institutions démocratiques et de l’accès à l’information fin janvier, Rita de Santis, députée libérale de Bourassa-Sauvé, veut «marquer l’histoire» en œuvrant notamment pour un système politique ouvert et transparent.

Propulsée ministre à 61 ans après une carrière d’avocate longue de 31 ans, l’élue nord-montréalaise se montre encore surprise de la décision prise par Philippe Couillard. «Je ne m’attendais pas à cette nomination, mais je veux réussir, faire de grandes choses», explique-t-elle avant de détailler sa première mission au sein du conseil des ministres.

Alors qu’elle proposera dès septembre un nouveau projet de loi pour réactualiser l’accès à l’information et l’équilibre avec la vie privée, Rita de Santis veut «changer la culture du gouvernement à tous les niveaux.»

«Il y a une peur de rendre des renseignements publiques, or, il ne faut pas avoir peur d’être transparent», détaille-t-elle.

«Le monde a évolué, les politiciens doivent aussi évoluer»

Une ouverture qui doit s’accompagner, selon elle, à une empathie des journalistes et des citoyens. «J’aimerais qu’ils comprennent que nous ne sommes pas parfaits, qu’on fait aussi des erreurs. L’administration a peur, est habituée à ne rien dire, car il y a cette crainte d’être crucifié, attaqué.»

Un vœu pieux et idéaliste ? «C’est plus que ça, répond cette ancienne avocate. Ce changement prendra du temps, mais le premier ministre va dans mon sens. Il veut un gouvernement plus ouvert. Le monde a évolué, les politiciens doivent aussi évoluer.»

Sensibiliser les internautes

Autre volonté de la nouvelle ministre: sensibiliser le public et les internautes aux données personnelles régulièrement fournies sur les réseaux sociaux et de multiples sites marchands.

«On découvre la valeur de notre vie privée lorsqu’on la perd, explique-t-elle. On ne changera pas, nous, les règles du web, mais, dès l’école, il faut expliquer les risques de donner certains renseignements qui peuvent être, un jour, utilisés contre toi.»

Rita de Santis veut «laisser une trace» lors de son passage dans le gouvernement Couillard.

Rita de Santis veut «laisser une trace» lors de son passage dans le gouvernement Couillard.

«Pas une personne effacée»

Peu avide de la langue de bois, Rita de Santis, qui s’était notamment illustrée en 2013 en se présentant à l’Assemblée avec une imposante croix autour du cou pour manifester son opposition à un projet de loi instituant la charte de la laïcité, reconnaît que sa mission s’annonce difficile.

«Je n’ai aucune illusion que tout cela puisse se faire à court terme. Il y a eu des gens avant moi et il y en aura après moi qui se battront pour ces thèmes. Mais il faut continuer à pousser dans cette direction», insiste la nouvelle membre du gouvernement Couillard qui n’hésite pas à évoquer son enfance pour expliquer ses ambitions.

«Je voulais changer le monde et, dès toute petite, être Napoléon», se marre cette fille d’un mécanicien et d’une coutière, arrivée au Québec à l’âge de 4 ans en provenance de la région des Abruzzes dans l’Italie centre-méridionale.

«Je ne suis pas une personne qui reste effacée, insiste-t-elle. Si j’ai quelque chose à dire, je le fais. C’est mon rôle, même à l’encontre de mon parti, de donner l’avis du comté et de la communauté que je représente. Je veux dire la vérité et si je ne me sens pas confortable pour cela, je partirais.»

Féministe engagée

Avocate de profession et première femme associée au sein du cabinet Davies, Ward, Phillips et Vineberg de Montréal, Rita de Santis évoque ses batailles pour se faire accepter au sein de son milieu. «En arrivant en 1981, j’ai entendu des seniors dire, en me scrutant de haut en bas: « Chez Davies, ils savent choisir leur femme ». Je n’ai rien dit, mais je voyais des femmes brillantes, plus cutes, qui ont vraiment souffert. Dans les couloirs, ces avocats parlaient de tout, sauf de leur cerveau.»

Si elle avoue être «féministe», la nouvelle ministre s’affirme «avant tout pour le respect de la personne». «En devant associée en 1989, on m’a dit: « Tu fais partie des boys ! » J’ai répondu, énervée: « Tu parles ainsi à ta femme ? » Comme en politique, je veux que l’on reconnaisse les personnes pour leur qualité.»

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