Depuis lundi matin et jusqu’à jeudi après-midi, la Cour supérieure se penche sur le litige qui place Pierre Lacerte face à Michaël et Martin Rosenberg, père et fils, et Alex Werzberger, responsable de la COHO (Coalition des organismes hassidiques d’Outremont).

Membres influents de leur communauté, les trois hassidim reprochent à M. Lacerte de les harceler et de tenir des propos diffamatoires à leur endroit sur son blogue. Ils lui réclament un dédommagement de 375 000 $.

Selon Pierre Lacerte, la procédure en cours s’approche de la définition même d’une poursuite-bâillon. En droit, « le concept de poursuite-bâillon inclut les menaces de poursuite, visant à intimider la partie défenderesse (celle attaquée) ou l’épuiser financièrement dans le but de la réduire au silence », apprend-on sur internet.

« Ainsi, le plaignant s’en prendra généralement à des individus isolés, et brandira la menace de dommages-intérêts démesurés par rapport au tort prétendument causé. Si les menaces n’ont pas l’effet désiré, des procédures judiciaires seront entamées, ce qui aura l’effet de transformer un enjeu public en litige privé.

« L’enjeu de cette lutte n’a rien d’une chicane de clôture entre deux voisins, insiste Pierre Lacerte, mais relève plutôt d’un débat de société sur le droit d’expression et de commentaire qui doit se faire sur la place publique. »

« Les deux premières journées sont les plus frustrantes, admet Pierre Lacerte, parce que je dois être présent, mais je n’ai rien le droit de dire alors que j’aurais envie d’interpeller souvent. Les trois parties civiles sont là et vident leur sac, exposent leur vision des faits. »

À l’écoute des commentaires hors du prétoire, les propos de la partie civile sembleraient énoncer que tout commentaire contre une personne de confession israélite pourrait être perçue comme antisémite, une approche qui n’a pas l’heur de simplifier l’analyse des faits.

Messieurs Rosenberg et Werzberger affirment toutefois leur respect rigoureux des lois et règlements. Michaël Rosenberg est venu à la barre lundi. Martin Rosenberg et Alex Werzberger sont intervenus mardi.

Pierre Lacerte se défend à la barre, depuis hier mercredi et aujourd’hui jeudi afin de contredire, preuves à l’appui, les arguments qu’on lui oppose. « On dit que je suis maniaque et que j’ai pris des photos, mais sans photos, personne ne m’aurait cru. Zonage, autobus inter-cités, stationnements, dortoirs illégaux, permis, etc., tout est documenté. »

« Même les mots qu’on me reproche sur mon blogue (accommodementsoutremont.blogspot.com) comme ghetto ou secte ne sont que des formulations de style et de perception. Je ne fais qu’aborder et dénoncer les incivilités et les manquements de certains membres d’une communauté ultra-orthodoxe.»

En ce qui concerne le web, « 10% de mon blogue touche la famille Rosenberg, ajoute Pierre Lacerte. La mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, est logée à bien meilleure enseigne en termes de cible pour ma plume… »

L’appui du CER

« Depuis 2008, un groupe de résidents d’Outremont et du Plateau a mis sur pied le comité Citoyens pour l’équité réglementaire (CER)», explique Pierre Lacerte sur son blogue. Comme son nom l’indique, cet organisme à but non lucratif veille à ce que la réglementation municipale soit appliquée équitablement à l’égard de tous les citoyens, sans passe-droit pour un groupe ou un autre de résidents. En plus de faire de la sensibilisation auprès du public, le CER organise des collectes de fonds pour appuyer des dossiers devant les tribunaux.

« Le CER s’est créé lors de l’affaire du référendum autour de l’agrandissement de la synagogue de la rue Hutchison », rappelle Jean De Julio-Paquin, secrétaire-trésorier du CER (equite2011@hotmail.com).

« Le scrutin ne tenait pas compte des résidents d’Outremont vivant de l’autre côté de la rue. Benoit Dupuis avait contesté devant les tribunaux et obtenu gain de cause pour refaire le référendum en élargissant le voisinage concerné. »

« À travers ces actions et des campagnes de financement, le CER s’est peu à peu constitué une base de donateurs. 10 000$ ont ainsi été collectés auprès de 120 donateurs d’Outremont et du Plateau pour soutenir la cause défendue par Pierre Lacerte. » Comme on s’en doute, les fonds amassés sont loin de couvrir les frais du procès…

« Dans ce dossier, poursuit Jean De Julio-Paquin, ce qui est extrêmement dommageable pour la société, c’est cette plainte au montant abusif pour faire cesser un droit d’information et de diffusion. À d’autres époques, Daumier et d’autres ont usé du pamphlet et de la caricature pour exprimer leurs opinions. Si on commence à critiquer le style, on n’en finit pas. Les gens vont-ils vouloir continuer ce droit d’informer et commenter devant la menace des puissants et des fortunés ? »

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