Hugo Lorini Des hommes subissant de la violence conjugale gardent cachée leur situation, alors qu'ils auraient besoin de se faire entendre.
Le 7 juin dernier, une adolescente de 17 ans est décédée dans un motel de la rue Sherbrooke, à la suite de ce qui semble être une dispute amoureuse. Ce triste événement remet à l’ordre du jour la question de la violence conjugale. Or, le Centre des femmes de Rosemont travaille depuis quelques mois à la mise sur pied de deux nouveaux projets de sensibilisation en la matière.

Une table de concertation dédiée à la violence conjugale et intrafamiliale verra bientôt le jour dans le quartier. Le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), SOS Violence conjugale ainsi que les centres d’hébergement La Maison grise et l’Intervalle y siégeront. L’initiative devrait être officiellement lancée à l’automne.

« On veut favoriser les échanges et les discussions entre les différentes ressources offertes à Rosemont, mais aussi dans les secteurs limitrophes, pour mettre en commun nos expertises et éventuellement, créer de nouveaux services. Les ressources sont suffisantes. Le problème, c’est qu’en ce moment, les différents acteurs du milieu ne se parlent pas », explique Amélie Villeneuve, chargée de projet au Centre des femmes de Rosemont.

La seconde initiative consiste en une tournée des écoles, pour y tenir des ateliers d’échange et de discussion auprès des adolescents. Toutefois, celle-ci est présentement sur la glace, faute de financement.

« On veut prévenir la maltraitance psychologique et la manipulation dans les relations amoureuses des jeunes. On s’adresse aux élèves de quatrième et cinquième secondaire, car ils vivent leurs premières expériences de couple. Or, le cycle de la violence les touche aussi.

« C’est important de les informer et de les sensibiliser, car il n’y a plus de cours de formation personnelle et sociale au programme et les écoles n’ont pas toutes les ressources nécessaires. Souvent, les travailleurs sociaux ou les psychoéducateurs ne sont là qu’une ou deux journées par semaine », expose Mme Villeneuve.

Elle rappelle que la violence ne se limite pas aux actes physiques. Celle-ci peut également être d’ordre psychologique, que ce soit par de l’humiliation, de l’indifférence, du harcèlement ou de la cyberintimidation, et a des répercussions tout aussi graves.

La violence à Rosemont

Mais qu’est-ce qui explique cette double offensive rosemontoise contre la violence conjugale? Dénote-t-on une problématique dans le quartier?

Selon Mme Villeneuve, ces types de crimes « sont assez élevés à Rosemont ».

« Il y plus de cas qu’on pense, c’est souvent caché », plaide-t-elle, en indiquant être souvent confrontée à cette réalité au sein de la clientèle du Centre des femmes de Rosemont, sans toutefois fournir de statistiques.

Du côté du poste de quartier 44, on soutient que Rosemont ne se démarque pas des autres secteurs en la matière.

« Il y a de la violence conjugale partout. Ce n’est pas pire et ce n’est pas mieux qu’ailleurs. C’est difficile de donner des chiffres, car il y a beaucoup de victimes qui n’appellent pas le 911. Ça ne reflète pas la réalité », souligne l’agente sociocommunautaire Sonia Frenette, responsable du dossier, sans préciser le nombre de cas répertoriés.

Elle mentionne toutefois que les plaintes sont plus nombreuses en période de stress.

« Les questions d’argent sont souvent un élément déclencheur : on voit plusieurs cas lors des fins de mois ou à la période des Fêtes. Il y a aussi la Saint-Valentin [qui exacerbe] la jalousie et la possessivité », illustre la policière.

Selon l’agente Frenette, l’essentiel est de consolider un réseau pour que les victimes de violence conjugale, hommes ou femmes, ne se sentent pas seules et soient en mesure d’aller chercher l’aide nécessaire.

Pour en savoir plus, on communique avec le Centre des femmes de Rosemont au 514 525-3138 ou on visite le http://www.centredesfemmesderosemont.org.

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Comment déceler la violence conjugale?

Afin de reconnaître la violence conjugale, les agents du poste de quartier 44 ont dressé une liste des comportements à surveiller :

– La violence psychologique se manifeste par le mensonge, l’humiliation, la manipulation, ce qui amène la victime à douter d’elle-même et de son propre jugement.

– La violence verbale consiste à se faire insulter, crier des noms, se faire menacer jusqu’à ne plus se reconnaître, ne plus oser s’affirmer et avoir peur.

– La violence physique est de se faire lancer des objets, et/ou se retrouver avec des blessures physiques, à la suite à de coups ou d’une bousculade.

– La violence sexuelle est de subir des pressions pour avoir des relations sexuelles contre sa volonté ou même de subir des attouchements à connotation sexuelle.

– La violence économique consiste à se faire reprocher ses achats et à se faire contrôler ses dépenses par la peur.

– La violence spirituelle est de ne pas pouvoir pratiquer sa propre religion, avoir la liberté de choisir ses valeurs et aller jusqu’à ne plus croire en rien ou être obligé d’adopter la religion de l’autre contre son gré ou ses valeurs.

Beaucoup d’autres définitions peuvent découler de la violence conjugale. Dans tous les cas, la violence demeure inacceptable et doit être dénoncée. Plusieurs ressources sont disponibles, notamment :

– SOS violence conjugale (1 800 363-9010)

– CAVAC (1 866 532-2822)

– CLSC de Rosemont (514 524-3541)

– Poste de quartier 44 (514 280-0144 ou 911)

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