Photo: Gracieuseté-Dominique Brief Jean-Claude Brief et sa fille Dominique.

La fille d’un homme de 80 ans, décédé vendredi alors qu’il était sous la tutelle du Curateur public, demande au gouvernement du Québec d’instaurer une enquête. Elle reproche au Curateur d’avoir refusé à son père des soins qui, selon elle, auraient pu lui sauver la vie.

Dominique Brief et l’Association pour la défense des personnes et de leurs biens sous curatelle publique ont adressé dimanche une demande d’enquête à Québec à ce sujet. Ils demandent aussi au Protecteur du citoyen de se pencher sur le dossier.

Le Curateur public a pour rôle de veiller à la protection de personnes inaptes.

Infection pulmonaire
Atteint de la maladie d’Alzheimer, Jean-Claude Brief résidait au CHSLD Saint-Henri. Mme Brief, était sa curatrice depuis 2011. Mais l’été dernier, l’octogénaire a été placé sous la tutelle du Curateur public sur ordre de la Cour supérieure à la demande de la sœur de Dominique Brief et du Curateur, qui ont invoqué une série de gestes posés et de décisions prises par Mme Brief allant à l’encontre des obligations légales liées à sa fonction.

Le 31 octobre, le CHSLD a communiqué avec Dominique Brief pour l’informer que son père recevait des antibiotiques afin de combattre une infection pulmonaire causée par un morceau de nourriture s’étant logé dans ses poumons lors d’un repas.

Le lendemain soir, elle a appris que le médecin avait décidé de mettre fin au traitement.

Mercredi dernier, en soirée, l’état du patient s’est détérioré. Sa fille a contacté Urgences-santé pour qu’il soit transporté à l’hôpital. Le CHSLD s’y est opposé, n’ayant pas reçu du Curateur public des directives permettant son transport et le traitement médical.

«Je ne demandais pas une chirurgie ou de gros traitements. Je demandais seulement qu’on lui donne des antibiotiques», s’insurge Dominique Brief.

Injonction
Vendredi, elle a obtenu de la Cour supérieure une injonction afin que son père soit transporté à l’hôpital. Il a été conduit à l’Hôpital général, où il a rendu l’âme quelques heures plus tard.

«Mon père souffrait d’une maladie guérissable. Pour moi, il avait encore une qualité de vie, insiste Dominique Brief. Il avait seulement besoin d’antibiotiques pour combattre une pneumonie et une infection urinaire.»

«Fin de vie»
Directrice des affaires juridiques au Curateur public, Nicole Filion explique que, selon le diagnostic de son médecin, M. Brief «était en fin de vie».

«Quand on prend une décision de cette nature, ce n’est pas nous qui déterminons le niveau de soins, précise Mme Filion. C’est le médecin traitant. Le médecin fait une recommandation que notre direction médicale étudie.»

Le jugement rendu en juin dernier par la Cour supérieure, qui plaçait M. Brief sous la tutelle du Curateur public, mentionne qu’il souffrait de plusieurs maladies chroniques, dont un diabète de type 2 et une hypertension artérielle.

Ura Greenbaum, directeur de l’Association pour la défense des personnes et de leurs biens sous curatelle publique, dénonce la situation. «Comment se fait-il que des fonctionnaires décident de la vie ou de la mort en refusant un traitement médical à une personne sans défense?», questionne-t-il.

Il dénonce le fonctionnement du Curateur public. «Il n’y a pas de transparence. Tout est confidentiel, déplore-t-il. Combien d’autres familles sont affectées? Nous voulons que la lumière soit faite sur cette situation.»

Au Québec, 13 500 personnes sont sous la tutelle du Curateur public.

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