(Photo: TC Media - Patrick Sicotte) «On n'est jamais préparé à la perte de vision. Il faut réapprendre à vivre, comme ça nous affecte dans toutes les sphères de notre vie», précise David Demers, le nouveau dirigeant de l'organisme INCA Québec, qui vient en aide aux personnes aveugles.

Tout juste avant de franchir le cap de la trentaine, David Demers a perdu la vue soudainement, alors qu’il était au travail. Maintenant âgé de 36 ans, il est le nouveau dirigeant d’INCA Québec, un organisme situé sur la rue Delisle, dans Saint-Henri, auquel il a eu recours au moment de s’adapter à sa nouvelle vie.

À l’époque, son œil gauche était déjà mal en point, mais il était encore capable de fonctionner grâce à l’autre. Un matin, en regardant son poste de travail, son œil droit a tout simplement cessé de fonctionner. Il a tout de même continué sa journée sans ébruiter la situation et est retourné chez lui, espérant que ce ne soit que temporaire.

Il n’a jamais retrouvé l’usage de ses yeux. Deux ans plus tard, il apprit qu’il souffrait d’une maladie mitochondriale, un trouble transmis de mère en fils, qui affecte également son frère.

«Au début, je me sentais prisonnier de chez moi. Comme je suis quelqu’un de fonceur, je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter de vivre. Je voulais continuer de contribuer à la société», dit l’homme qui travaillait auparavant dans le domaine du commerce électronique et possédait également sa propre entreprise d’art visuel, David Demers Photographie.

D’ailleurs, il trouva particulièrement difficile de faire son deuil de la photographie, une passion qui l’habitait depuis qu’il était tout petit.

Petits défis
Tranquillement, M. Demers commença à se donner des petits défis, comme aller acheter du lait au dépanneur. Cet acte semble simple à première vue, mais devient d’un tout autre niveau de difficulté lorsqu’il est exécuté avec une canne.

«Je savais que si je me donnais un trop gros défi d’un seul coup, j’allais échouer et abandonner», raconte-t-il.

Puis, il recommença à prendre les transports en commun, à faire du karaté et retourna même sur les bancs d’école après plusieurs années d’arrêt afin de compléter un baccalauréat en affaires publiques et communautaires à l’université Concordia. Son objectif était alors de travailler pour l’organisme qui l’avait tant aidé à composer avec sa déficience visuelle.

Déstigmatisation
Malgré toute la persévérance dont il a fait preuve, David avoue qu’il s’est rendu jusqu’ici grâce à l’aide d’INCA, qui soutient les personnes non voyantes.
«J’ai suivi un groupe d’entraide psychosocial, ce qui m’a donné un énorme support moral. Mais, ce qui m’a le plus aidé, c’est la formation en technologie adaptée, ce qui me permet aujourd’hui de travailler comme n’importe qui d’autre», explique-t-il.

Grâce à un logiciel particulier qui lui permet d’agrandir son écran d’ordinateur jusqu’à dix fois sa taille normale, une montre en braille, des écouteurs spéciaux qui lui permettent d’entendre le trafic tout en écoutant les indications de son GPS, un téléphone qui parle, un lecteur de billets de banque et bien d’autres objets adaptés pour les non-voyants, M. Demers peut vivre pratiquement comme avant.

D’ailleurs, maintenant qu’il occupe le poste de dirigeant, il s’est donné comme mission de prouver à la population qu’une personne aveugle peut être une personne normale.

«Je considère avoir eu beaucoup de succès malgré ma perte de vision et je veux m’assurer que ceux qui vivent la même réalité que moi aient aussi la confiance, les outils et les opportunités dont ils ont besoin pour s’épanouir», déclare-t-il.

S’impliquant au sein de l’organisme depuis plus de cinq ans, M. Demers convoitait la direction. Il a tout d’abord siégé au conseil consultatif puis a agi à titre d’ambassadeur. Il a également été le porte-parole d’INCA, ce qu’il demeure à ce jour, étant à la tête de l’organisation.

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