(Photo: Voix Pop - Justine Gravel) L'exposition du village des Tanneries se poursuivra jusqu'au 11 novembre à la bibliothèque Saint-Henri.

Il fut un temps où Saint-Henri bourdonnait au rythme de l’industrie florissante du cuir. Au tournant du 18e siècle, de part et d’autre des rues Saint-Rémi et Saint-Jacques, où se trouve désormais les ruines de l’échangeur Turcot, des artisans tanneurs et cordonniers s’affairaient à la tâche. Cette époque maintenant révolue est racontée à travers une exposition d’une centaine d’artéfacts à la bibliothèque Saint-Henri.

Il ne s’agit toutefois que d’une infime partie de la quantité d’objets trouvés lors des fouilles archéologiques qui se sont échelonnées de juin 2015 à janvier 2017. Plus de 130 000 artéfacts ont été restaurés, inventoriés et catalogués. Un travail de moine réalisé par des archéologues des ministères des Transports et de la Culture ainsi que de la Ville de Montréal, qui se poursuit d’ailleurs encore aujourd’hui.

Le territoire de 2 820 m2, surnommé le village des Tanneries, s’est avéré être une véritable mine d’or pour les experts, qui y ont trouvé des objets témoignant tant de la vie commerciale, comme des cuves de tanneurs ou des ciseaux de cordonniers, que du train-train quotidien, notamment des assiettes, des poupées de porcelaine et des chaussures d’enfants.

Cette chaussure d’enfant en cuir, fer et bois date du 19e siècle.

L’exposition, formée d’artéfacts datant du milieu du 18e siècle jusqu’à la fin du 20e siècle, est d’ailleurs divisée en trois thèmes: l’archéologie, le savoir-faire du métier de tanneur ainsi que l’industrialisation et la vie quotidienne.

«Elle permet de découvrir Saint-Henri, ses origines, son évolution au fil du temps et de renouer avec le passé. Elle permet également de découvrir un métier méconnu, celui de tanneur», explique Frank Rochefort, archéologue au MTQ.

Des activités ludiques pour les enfants, des conférences et des visites guidées par des membres de la Société historique de Saint-Henri seront aussi organisées jusqu’à la fin de l’exposition, le 11 novembre.

Les enfants pourront s’adonner à diverses activités afin de mieux connaître le métier de tanneur.

Métier de tanneur
Aux alentours de 1700, la première tannerie ouvre ses portes au coteau Saint-Pierre, sur le bord du chemin qui allait éventuellement mener à Lachine. Par l’emploi du tannin, on y transforme les grandes peaux d’animaux, vendus par les bouchers des alentours, en cuir imputrescible.

Quelques années plus tard, Gabriel Rolland, le premier tanneur natif de la Nouvelle-France, achète l’endroit et transmet son savoir-faire à ses fils et petits-fils. Les Rolland deviennent rapidement les plus grands producteurs de cuir du village.

«Les tanneurs sont les premiers artisans à s’installer à Saint-Henri. On en retrouvait à l’époque six ateliers. Ils sont le cœur de Saint-Henri, c’est comme ça que le quartier s’est développé», souligne M. Rochefort.

À cette époque, des milliers de bêtes sont tuées pour l’industrie, chacune étant destinée à un produit précis. Alors que les bœufs et les buffles servent à fabriquer des objets robustes, la peau de vache sert principalement à fabriquer des selles, de par sa texture facile à mouler. Le veau est quant à lui utilisé pour fabriquer des chaussures orthopédiques et l’agneau pour concevoir des vêtements.

Évolution
Tranquillement, les tanneries laissent leur place aux cordonneries, puis à des commerces de proximité. «Quand le canal de Lachine a ouvert, les tanneries deviennent industrielles et se déplacent le long du cours d’eau. Le village devient alors plus résidentiel», renchérit M. Rochefort.

Les quelques familles y résidant sont toutefois expropriées au tournant des années 1960 dans le cadre du chantier Turcot. L’échangeur étant aujourd’hui démoli, le secteur aura droit à une seconde vie et sera entièrement remis à neuf.

Les vestiges resteront quant à eux entre bonnes mains, à la réserve archéologique de la Ville de Montréal, en attendant de trouver un moyen permanent de les mettre en valeur, que ce soit par la réalisation d’une œuvre d’art public, de rappels toponymiques ou d’une exposition permanente.

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