Denis Germain/TC Media Lise Bruneau, coiffeuse depuis 50 ans dans el même salon de la rue Wellington.

En 50 ans, le salon Chez Gaétane n’a pas changé. Lise Bruneau coiffe toujours les Verdunois de la même chaise, la deuxième en passant la porte. Mais au fil des ans, elle a vu le quartier évoluer, les enfants grandir, les commerces ouvrir et fermer ainsi que les modes se succéder. Elle-même a beaucoup appris et reste trop passionnée par son métier pour accrocher ses ciseaux.

«Si les murs pouvaient parler», lance Mme Bruneau en lissant au séchoir les cheveux d’une cliente dont la mère fréquentait elle aussi le salon.

«J’ai des familles entières, des gens qui viennent depuis qu’ils sont enfants. J’ai même une famille dont j’ai coiffé cinq générations», raconte la propriétaire avec fierté. Puisque rien n’a changé de place, les parents vont avec leurs bouts de chou chercher la planche de bois que Lise posait sur la chaise quand eux-mêmes n’étaient pas plus hauts que trois pommes.

Ces tout-petits font le bonheur de la coiffeuse, qu’ils nomment tante Lise, et elle s’est attachée à chacun d’eux, peut-être en partie parce qu’elle-même n’a pas eu d’enfant.

Histoire de famille
Le salon où Lise Bruneau a commencé le jour de son anniversaire, pendant l’Expo 67, est lentement devenu sa deuxième maison. Et même sa famille.

C’est ici qu’elle a rencontré son mari, Richard, le fils d’une de ses clientes. Attentionné, il la conduisait au travail chaque matin et venait la récupérer le soir, s’endormant souvent derrière le comptoir en l’attendant.

Sa réceptionniste bénévole, Jeanine Lavoie, est elle aussi presque de la famille. À l’époque où elle travaillait comme gérante du restaurant Grégory, voisin du salon, elle était l’oreille attentive à qui la jeune Lise venait se confier.

Quand elle a pris sa retraite, elle a décidé de venir aider au salon, où elle fait bien plus que recevoir les clients. Comme une grand-mère attentionnée, elle cuisine de petits biscuits, leur prépare un petit café et les écoute. Elle tricote aussi, vendant ses chiffons et ses pantoufles au comptoir.

À bientôt 80 ans, l’ancienne gérante consacre beaucoup de temps au salon, mais ne s’estime pas perdante au change. «J’ai besoin de voir du monde et, ici, c’est un vrai club social. Et puis, c’est pour ça qu’on a toutes l’air plus jeune que notre âge. C’est parce qu’on se tient occupées», confie-t-elle.

Sa fille Line est également entrée dans la famille du salon il y a 25 ans, quand elle y est devenue coiffeuse. Fruit du hasard ou des nombreuses rencontres que permet ce métier, elle aussi y a rencontré son mari.

50 ans de changement
Permanentes, colorations, chignons, Mme Bruneau en a vues, des tendances. «J’ai beaucoup aimé les nids d’abeille, ces chignons popularisés dans les années 1960. On ajoutait des postiches pour qu’ils soient plus épais. Je pouvais passer une boîte de bobby pins au complet là-dedans», raconte-t-elle.

De jeune fille craintive à femme d’affaires, elle aussi a beaucoup changé dans ces années. Au début, elle avait peur de finir tard le soir, se fiant aux commerçants voisins pour assurer sa sécurité. Puis, quand elle a acheté le salon, elle s’est d’abord beaucoup appuyée sur son mari pour en assurer la gestion.

«Quand il est décédé subitement en 2001, j’ai eu tellement de choses à apprendre! Je ne savais pas conduire, ni tenir mes livres de comptes. J’ai tout fait ça», se félicite Mme Bruneau, contente aujourd’hui d’avoir su surmonter ces défis.

Mais la coiffeuse ne saurait se passer de son métier et s’estime bien chanceuse d’avoir encore la forme pour l’exercer. Le moindre mal frappant les jambes ou les articulations des mains aurait pu l’en empêcher.

«Tant que j’en serai capable, je vais continuer à coiffer, affirme-t-elle. C’est ça qui me tient!»

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