Gracieuseté Nicolas Cermakian, Laura Kervezee, et Diane Boivin font partie des chercheurs qui ont mené une expérience de courte durée en laboratoire pour déterminer les effets du changement d'un horaire de jour à un horaire de nuit.

Il semble que le corps ne s’adapte pas complètement aux horaires de nuit. C’est du moins ce que conclut une étude sur les conséquences du travail de nuit sur la santé de quatre chercheurs à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas (IUSMD) de Verdun. Ils ont découvert que, dans la plupart des cas, certaines fonctions continuent d’obéir à une horloge biologique de jour.

Diane B. Boivin est la directrice à l’IUSMD du Centre d’étude et de traitement des rythmes circadiens. Ces évènements biologiques qui ont lieu de façon périodique toutes les 24 heures contrôlent la majorité des fonctions diurnes (qui se produisent le jour).

«On évalue à peu près entre 10 et 20% de la population qui, à un moment ou à un autre, travaille en dehors des heures conventionnelles de jour, rapporte-t-elle. Ce sont des périodes au cours de la journée où l’être humain, qui est un animal diurne, devrait être en train de dormir plutôt que d’être réveillé et de performer. On pense par exemple à des équipes de radio qui doivent se préparer aux petites heures du matin ou à des infirmiers.»

Lors d’un changement abrupt dans l’horaire, notamment lors de déplacements à l’étranger avec un décalage horaire, les rythmes circadiens ne suivent pas forcément et seront davantage ajustés au fuseau horaire de départ.

«Le travail de nuit est l’exemple parfait puisqu’il y a des gens qui vivent cet état de décalage constamment. Même chez les travailleurs de nuit à temps plein, la majorité va retourner sur une vie de jour lors des congés pour maintenir une vie sociale», souligne la chercheuse.

Protocole
Pour arriver à ses fins, l’équipe de recherche a fait appel à huit volontaires. Ils ont vécu une semaine au Centre d’étude du Douglas dans des chambres d’isolement temporel, coupés de tout indice, lumière ou sons, qui pouvaient leur indiquer l’heure de la journée. Ils n’avaient droit à aucun téléphone ou ordinateur.

Des échantillons sanguins ont été prélevés toutes les quatre heures pour déterminer le taux de mélatonine et de cortisol produites par le corps et ainsi mesurer l’expression de plus de 20 000 gènes.

«Parmi les gènes qui fluctuent, il y en avait un sur quatre qui ont arrêté de le faire alors qu’il y a environ les trois quarts qui sont restés ajustés à l’horaire de jour et seulement 3% qui se sont ajustés partiellement à l’horaire de nuit, a rapporté Diane B. Boivin. Ce que ça nous dit, c’est qu’il n’y a pas que la mélatonine ou le cortisol qui restent ajustés de jour, c’est le cas de la très grande majorité des gènes.»

La prochaine étape pour l’équipe de chercheurs sera de réaliser une étude sur de vrais travailleurs de nuit et idéalement, de la mener sur le terrain.

Conséquences
Chez l’humain, la mélatonine a des propriétés sédatives. C’est ce qui fait dormir quand elle est sécrétée. Si on change le rythme, alors il n’y a plus de bons moments pour dormir ou pour être éveillé. Les conséquences sur la santé sont encore inconnues.

«Je croirais que c’est préférable d’avoir un rythme, mais je ne connais pas d’étude qui a démontré hors de tout doute que c’est mauvais de ne pas en avoir. On pense que c’est essentiel de poursuivre les recherches dans ce sens-là», insiste la directrice à l’IUSMD, Diane B. Boivin.

La chercheuse reconnaît que des réflexions sont en cours pour déterminer les façons qui permettraient aux gènes qui ont perdu le rythme, de le retrouver.

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