Chantal Lévesque/Métro Gerry Sklavounos et sa femme Janneke

Dans la foulée des allégations d’agression sexuelle qui pesaient contre lui et pour lesquelles il a été blanchi, le député Gerry Sklavounos a dit regretter, jeudi, d’avoir pu offenser certaines personnes par ses paroles et son comportement. Il souhaite réintégrer son siège à l’Assemblée nationale dès la semaine prochaine.

«À celles et ceux que j’ai pu offenser malgré moi, ce n’était pas mon intention et je le regrette», a déclaré le député désormais indépendant.

M. Sklavounos, qui était accompagné de son épouse au cours d’un point de presse, ainsi que de membres de l’association libérale de son comté, Laurier-Dorion, a souligné avoir utilisé son retrait temporaire de la vie politique pour «prendre du recul, discuter avec [s]es proches et des personnes de confiance et pour faire une sincère introspection».

«Ceux qui me connaissent bien savent à quel point je suis extraverti, volubile, passionné. Ils savent aussi que j’ai toujours tenté d’être le plus respectueux possible dans mes rapports. Cependant, si dans des tentatives de socialiser, de créer des liens d’amitié, d’alléger l’atmosphère de manière maladroite j’ai pu offusquer ou rendre inconfortables d’autres personnes, je tiens à souligner que cela m’apparaît maintenant inacceptable et je m’engage à faire preuve de plus de prudence.»

Il a fait valoir que la période qui a suivi les allégations, pendant laquelle il s’est retiré temporairement de ses fonctions, a été «éprouvante, mais combien grandissante».

Il a rappelé que l’égalité entre les hommes et les femmes était pour lui «non négociable». «Les femmes et les hommes ont le droit de vivre, d’apprendre et de travailler dans un environnement sain, sécuritaire, respectueux et harmonieux. Je m’engage à œuvrer au quotidien à l’application concrète de ce principe». Questionné sur ce qu’il entend entreprendre comme action à ce sujet, le député n’a toutefois pas donné de détails.

Au cours de ce point de presse, M. Sklavounos n’a répondu à aucune question concernant la nature de sa relation avec Alice Paquet, qui l’avait accusé publiquement de l’avoir agressée sexuellement. Rappelons que d’autres femmes avaient, à la suite des allégations de Mme Paquet, révélé que le député de Laurier-Dorion avait tenu des propos déplacés à leur endroit.

Dans un message publié sur Facebook, Mme Paquet a réagi jeudi en début d’après-midi en mentionnant qu’elle se prononcerait plus tard sur la sortie publique de M. Sklavounos. «Mais pas maintenant. J’ai trop de peine, c’est trop lourd et le sentiment d’avoir tout fait ça pour rien est très présent.» La jeune femme a invité la population a participer, mercredi prochain, à une manifestation contre la culture du viol devant l’Assemblée nationale.

«Je suis un libéral dans l’âme»
En plus de retourner au travail à l’Assemblée nationale, il souhaite réintégrer le caucus du Parti libéral du Québec (PLQ), duquel il avait été exclu en octobre. «Mes valeurs n’ont pas changé. Je suis un libéral dans l’âme». Le chef du PLQ, Philippe Couillard, a commenté à cet effet que c’était au caucus de se positionner sur le retour de M. Sklavounos au sein du parti. «Sa réintégration éventuelle au caucus libéral n’est ni automatique ni immédiate», a fait savoir le premier ministre lors d’un passage à Bromont.

Déception de l’opposition
Carole Poirier, whip en chef de l’opposition officielle, et Mireille Jean, porte-parole de l’opposition officielle en matière de Condition féminine, ont déclaré être «surprises et déçues» de la déclaration de M. Sklavounos, au cours d’un point de presse tenu à l’Assemblée nationale. «Il n’y a aucun regret, aucune excuse, aucun mot fort dans cette déclaration pour reconnaître qu’il y a eu un manquement», a exposé Mme Poirier.

Mme Jean a quant à elle souligné que le député semblait affirmer que ses propos avaient été mal interprétés. «Ce n’est pas lui qui est en trouble. C’est les autres. Que ce soit les femmes qui l’ont [mal] interprété ou des choses qu’il entendait d’autres hommes, c’est toujours les autres qui étaient dans le tort et non pas lui. C’est ça qui n’est pas reconnu ce matin.»

La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, n’a pas non plus été impressionnée par le discours de M. Sklavounos. «Je ne trouve pas ça convaincant du tout. M. Sklavounos n’arrive même pas à prononcer le mot “harcèlement”», a-t-elle dit. Selon Mme Massé, ce genre de déclaration contribue à la banalisation de comportements et de propos inappropriés. «Ces discours-là, de vieux mononcles cochons qui se trouvent drôle, tout seul d’ailleurs, nous autres, les femmes, on sait c’est quoi», a-t-elle souligné. Et si M. Sklavounos ne convient pas pour le caucus libéral, bien, pourquoi conviendrait-il pour les gens de Laurier-Dorion?»

Rappel des faits
– Le 19 octobre 2016, Alice Paquet a déclaré publiquement avoir été victime d’agressions sexuelles par le député (alors libéral) Gerry Sklavounos.
– Le 20 octobre, le premier ministre du Québec a annoncé que M. Sklavounos n’était plus membre du caucus libéral. Il est ainsi devenu député indépendant.
– Une semaine plus tard, M. Sklavounos a annoncé prendre un congé de maladie.
– Le 2 février 2017, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a soutenu qu’aucun acte criminel n’avait été commis dans cette affaire.

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