Donald Trump a peut-être réussi à faire mentir tous les sondages avec sa campagne inhabituelle, mais il a aussi eu l’aide d’un important réseau de pages Facebook ultra partisanes et de sites de fausses nouvelles.

Le rédacteur en chef de Buzzfeed Canada, Craig Silverman, a publié plusieurs reportages sur ce phénomène. S’il est difficile de mesurer exactement l’impact de la désinformation sur la campagne, il est indéniable qu’elle a donné un coup de main à M. Trump, selon lui.

«Au cours des derniers six mois, j’ai vu de nouveaux sites sortir de nulle part, créer de l’engagement monstre sur Facebook, gagner beaucoup de clics et générer beaucoup d’argent pour leurs administrateurs, avance-t-il. Et ces sites mettent de l’avant de l’information qui, tout au mieux, est trompeuse, mais qui souvent est carrément fausse. Ces sites ont de meilleures statistiques que bien des sites de médias d’information traditionnels.»

C’est sans compter l’armée de trolls, de partisans du mouvement Alt-Right (un mouvement d’extrême droite né sur les réseaux sociaux) et de supporteurs – et même M. Trump lui-même – qui ont volontiers fait circuler ces éléments de désinformation.

«Il y a des gens qui se levaient chaque matin en essayant de trouver un moyen d’inventer un canular sur Twitter ou de créer une histoire sur Facebook qui allait circuler et rejoindre les gens, illustre M. Silverman. Cette armée de gens non rémunérés qui travaillaient pour son compte a été quelque chose d’incroyablement puissant.»

«Quand les historiens étudieront cette élection, Facebook sera un des facteurs dont on discutera le plus.» -Craig Silverman, rédacteur en chef de Buzzfeed Canada

Au cours de ses reportages, Craig Silverman a découvert, par exemple, qu’un nombre ahurissant de fausses nouvelles en faveur de M. Trump provenaient d’une petite ville de Macédoine, en Europe, ou que les fausses informations ont généré plus de partages sur les pages Facebook ultra partisanes que les vraies informations.

«Je crois que ces sites ont solidifié beaucoup des supporteurs [de M. Trump] et en a convaincu d’autres à se joindre à lui, juge-t-il. Ç’a créé de la motivation à se lever et à aller voter. Donc, oui, je crois absolument que cela a eu un impact.»

Le journaliste et chercheur a aussi pu voir en direct l’effet de la «bulle Facebook», phénomène ou un internaute peut, sur les réseaux sociaux, s’entourer seulement de sources d’information qui conviennent à ses opinions politiques. Il a entre autre étudié les «bulles Facebook» des partisans de M. Trump et de son opposante, Hillary Clinton.

«Je me suis rendu compte qu’il s’agit de deux mondes différents qui n’interagissent nullement ensemble. Non seulement ça, mais ils sont ouvertement hostiles un envers l’autre. Ç’a été très triste de réaliser ça», avoue-t-il.

«La campagne de Trump était une incarnation de la bulle Facebook. Peut-être que M. Trump a gagné parce que sa bulle était plus grosse que celle de Mme Clinton», suggère-t-il.

Pour M. Silverman, en misant sur les réactions suscitées par un article, Facebook encourage «les pires comportements de la part des producteurs de contenu». Puisque les publications qui génèrent de fortes émotions chez l’internaute tendent à obtenir beaucoup de partages, Facebook encourage indirectement les producteurs de contenu à déformer la réalité pour susciter la réaction qu’ils recherchent.

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