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MONTRÉAL — Les experts attendent avec impatience le dévoilement d’une masse de documents portant sur l’assassinat de John F. Kennedy, qui ont été déclassifiés par le président américain, Donald Trump.

Karine Prémont, professeure de science politique à l’Université de Sherbrooke, ne s’attend pas à ce que ces documents permettent de déterminer, une fois pour toutes, si Lee Harvey Oswald a réellement agi seul, ou s’il faisait partie d’un complot plus large.

«Presque 90 pour cent des documents sont déjà déclassifiés», a-t-elle indiqué en entrevue à La Presse canadienne.

«Je serais extrêmement surprise qu’il y ait un élément nouveau, ou ce fameux ‘smoking gun’» faisant état d’un vaste complot.

Elle espère toutefois qu’ils jetteront un éclairage sur les cafouillages de la Central Intelligence Agency (CIA), l’agence américaine du renseignement.

«Ce qui manque, c’est le rôle de la CIA dans tout ça, a-t-elle expliqué. Pas le rôle comme fomenteur de complot, mais plutôt les erreurs, les incompétences, les manquements.

«Qu’est-ce que la CIA savait? Pourquoi elle n’a pas transmis cette information au FBI? Qu’est-ce qu’elle savait d’Oswald? Pourquoi, malgré les informations qu’elle avait sur lui — semble-t-il que la CIA aurait été au courant, en tout ou en partie des intentions d’Oswald — comment se fait-il qu’elle ne soit pas intervenue?»

Par contre, la politologue ne se range nullement dans le camp des conspirationnistes, ses appréhensions étant beaucoup plus prosaïques.

«Je ne crois pas au complot, mais je crois à l’incompétence des institutions et je crois à l’incompétence des gens», a-t-elle précisé.

Des experts croient que la CIA a fait pression sur le président Trump pour garder certains documents secrets, ce que l’agence ne réfute pas.

Quoi qu’il en soit, Mme Prémont a bien hâte de voir ce qui s’y cache, même si les réponses à ses questions sont absentes.

«La déclassification d’archives, c’est toujours important, c’est toujours fascinant, c’est toujours intéressant.

«Parfois, c’est ce qu’on n’y trouve pas qui est intéressant, parfois c’est ce qu’on y trouve. Mais tous les documents nous apportent une pièce additionnelle du casse-tête», a expliqué Mme Prémont, qui ajoute que les politologues et historiens préfèrent toujours travailler avec des documents d’archives.

«Je pense que ça va nous révéler quand même le fil des événements sous un autre angle, sous l’angle institutionnel à tout le moins.»

Karine Prémont ne se fait toutefois aucune illusion sur la possibilité que ce dévoilement ait un effet délétère sur les théories du complot.

«C’est très difficile pour ces théories du complot de mourir de leur belle mort. (…) Les conspirationnistes vont avoir le beau jeu de dire: c’est ce qui manque qui prouve la conspiration.»

Elle estime que la publication «ne va pas éteindre les conspirations: ça va plutôt les alimenter».

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