Le Christ ressuscité !

Dans un halo de lumière, tel Jésus ressuscité sortant de sa tombe, Jean Charest, le teint cireux et tout de blanc vêtu, apparaît soudainement à nos écrans de télévision pour nous livrer un ultime message d’amour avant de s’envoler en élections.

Pourtant, trois jours auparavant, il semblait ambivalent et torturé, comme si un démon le rongeait de l’intérieur. Tandis que le maire de Montréal, en larmes au pied de sa croix, l’implorait de négocier, Jean Charest, les yeux fixés au ciel et semblant souffrir énormément, mettait plutôt la pédale douce et ralentissait le processus de négociations.

Mais heureusement, après ce calvaire printanier, le voilà maintenant resplendissant de santé et d’énergie. On se souviendra qu’il n’y a pas si longtemps, à tous ceux qui l’imploraient de constituer une commission d’enquête sur la construction, il tendait également un regard vitreux et absent, comme si, en tant qu’envoyé de Dieu, la corruption n’aurait pu l’atteindre. Depuis un bon bout de temps déjà, Jean Charest n’est plus avec nous. Il est ailleurs, en marche vers son au-delà…

Mais avant d’aller rejoindre ainsi Dieu-le-Père, il se doit d’abord de souffrir. La Terre est pour lui peuplée d’ennemis politiques qu’il faut endurer et déjouer tous les jours. La paranoïa de Jean Charest-le-fils est ici à la mesure de ses grandes ambitions. Mais profitant de l’appui massif de la communauté anglophone par ses politiques, (notamment celles des défusions municipales et de son fédéralisme indéfectible), son pouvoir lui paraît inébranlable.

Après avoir créé l’impasse dans le conflit étudiant et l’avoir entretenu soigneusement, la table de la dernière cène est mise et il dit à ses apôtres-ministres : les étudiants ne sont que des enfants gâtés que l’on ne pourra raisonner autrement que par une loi spéciale et des élections. Au plus grand plaisir de tous, maintenant sorti de sa tombe, c’est en souriant qu’il nous promet enfin la paix sociale avant de remon­ter au ciel dans toute sa gloire. Il peut donc dès maintenant se positionner en Sauveur du peuple! Grotesques, disait-il de ceux qui osaient penser qu’il prendrait prétexte de la situation pour des élections… Pourtant, on le voit aujourd’hui avec cette publicité télévisée : tel était bien son plan!

Peut-on accepter que pareil illuminé mette le Québec à feu et à sang pour satisfaire ses ambitions personnelles? Et, le plus désolant dans cet affreux cauchemar que nous vivons présentement depuis quatre longs mois, est que ce n’est pas tellement nous, mais ce que nous avons de plus précieux, c’est-à-dire notre jeunesse, qui en paie d’abord les frais. Elle n’aura été pour ce pitre que de la chair à élections!

Le Québec n’a aujourd’hui que faire d’un vil chef de parti narcissique et rêveur qui, faisant fi de tout, ne pense qu’au pouvoir.

JACQUES LÉGER,
MONTRÉAL

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