Les détaillants doivent agir

Aux dernières nouvelles, le bilan du tragique effondrement d’un immeuble du secteur textile au Bangladesh le mois dernier dépassait les 1 100 morts. Plusieurs détaillants connus, dont le canadien Loblaw, ont été impliqués dans cette catastrophe puisqu’on fabriquait des vêtements de leurs marques dans ce bâtiment.

Évidemment, ces détaillants ne sont pas les seuls responsables de cette tragédie. Les gouvernements qui permettent des conditions de travail inacceptables, les fournisseurs qui ne se soucient pas de la sécurité et du bien-être de leurs travailleurs et les consommateurs qui achètent des vêtements à des prix dérisoires font aussi partie du problème. Mais si on veut éviter que des tragédies comme celle-là se reproduisent, il est nécessaire que chacune des parties impliquées assume sa responsabilité, comme l’a d’ailleurs fait Loblaw, et commence à chercher des solutions.

Qu’est-ce que les détaillants peuvent faire? Le choix et la gestion des fournisseurs ont beaucoup à voir. La plupart des détaillants occidentaux ont des normes qui encadrent les conditions de travail des employés de leurs fournisseurs. Ces normes doivent être révisées à la lumière des événements au Bangladesh afin d’inclure, par exemple, des obligations sur la qualité des bâtiments.

Il est clair, cependant, que l’actualisation de ces normes n’est pas suffisante. Le problème principal est de s’assurer que les fournisseurs les respectent. Pour ça, il faut mettre en place des processus d’évaluation des fournisseurs plus efficaces. Des acheteurs du détaillant devraient être sur place pour contrôler de près le travail des fournisseurs. On ne devrait pas considérer des fournisseurs avec des réputations suspectes et écarter rapidement ceux qui ne réussissent pas à répondre aux normes en matière de sécurité des travailleurs.

L’acheteur devrait également savoir si le fournisseur partage le travail avec d’autres fournisseurs et il faudrait que le nouveau fournisseur se plie aux normes établies. Il est essentiel que les acheteurs aient le temps et les ressources pour faire ce suivi.

Plusieurs diront qu’une bonne gestion des fournisseurs coûte trop cher et que les détaillants, surtout ceux qui vendent des produits bas de gamme, ne peuvent pas se le permettre. Toutefois, selon moi, ce que les détaillants ne peuvent pas se permettre, c’est d’être impliqués dans des tragédies comme celle-là.

Par ailleurs, une meilleure gestion des fournisseurs contribue à une utilisation plus efficace des matériaux, à des délais de livraison plus courts et fiables et à une réponse plus rapide aux changements au niveau de la demande. Toutes ces améliorations se traduisent par des économies pour le détaillant. Il ne faut pas oublier que le coût de la main-d’œuvre est une petite fraction du coût des biens vendus en magasin. Les coûts des matériaux et les coûts logistiques (transport, gestion des stocks et entreposage) comptent pour beaucoup, en particulier pour les vêtements fabriqués en Asie. Une bonne gestion des fournisseurs peut contribuer à diminuer le coût total de l’achat de ces produits, même si le coût de la main-d’œuvre ne change pas.

Claudia Rebolledo, professeure agrégée au service de l’enseignement de la gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal

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