La démocratie en péril

Montréalais, avons-nous le nez si profondément enfoui dans notre petit quotidien que les grands enjeux touchant notre vie et celle de nos enfants ne nous interpellent plus?

Je ressens une grande inquiétude en apprenant que 60 % des Montréalais n’ont pas voté!

Si après tous les scandales mis au grand jour par la commission Charbonneau et le déferlement en une année de plusieurs maires à la tête de Montréal, les citoyens estiment qu’élire un maire n’est pas une priorité qui a un impact prépondérant sur leur quotidien, il y a vraiment péril en la demeure dans le château de cartes de la démocratie!

Quand un maire est élu dans l’indifférence de la majorité des citoyens,  cela ne lui donne-t-il pas une autorisation inavouée de gérer la Ville comme il l’entend, et ce, sans aucune imputabilité? Cela n’encourage-t-il pas l’appropriation du pouvoir par des opportunistes sans scrupules?

La démocratie est un acquis, certes, mais elle reste un acquis très fragile. La démocratie est tel un arbre vigoureux, mais qui peut fléchir en présence du plus petit des parasites. En tant que citoyens responsables, arrosons cet arbre et prenons-en le plus grand soin, en commençant par voter en grand nom­bre aux élections.

Samir NAFA, Montréal

Peut-on protéger les vulnérables?

Depuis le dépôt du rapport de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité, le sujet de l’euthanasie provoque beaucoup de débats au Québec. D’un côté, certains disent qu’une société de droit comme le Québec devrait permettre à ses citoyens de choisir la façon dont ils veulent mourir. De l’autre, ceux qui s’opposent à l’euthanasie font appel au besoin de valoriser et de protéger toutes les étapes de la vie humaine.

Malgré ces divisions, il y a tout de même un point de consensus important : il est essentiel de protéger les personnes vulnérables qui pourraient recevoir l’injection létale sans réellement en avoir fait la demande ou qui pourraient se faire pousser à choisir l’euthanasie par leur entourage. D’autres personnes vulnérables, souffrant de dépression à cause de leur maladie, seraient quatre fois plus à risque de demander l’euthanasie et pourraient donc mourir sans avoir reçu de traitements adéquats. Il y a donc un fort consensus sur le besoin de protéger de telles personnes.

À cet égard, le projet de loi 52 a comme objectif d’encadrer l’euthanasie pour éviter les abus potentiels tout en permettant à certains d’y avoir accès. Pour avoir accès à l’euthanasie, le projet de loi 52 requiert que le patient soit majeur, qu’il fasse la demande lui-même, qu’il soit atteint d’une mala­die incura­ble et qu’il estime avoir des souffrances physiques ou psychologiques intolérables. Devant ces importantes restrictions, il est essentiel de se poser une question : ces mesures sont-elles suffisantes pour protéger les personnes vulnérables?

Pour répondre à la question, il est important d’étudier l’exemple de pays comme la Belgique, où l’euthanasie est légale et contrôlée d’une manière presque identique au projet de loi 52. En étudiant les données de la Belgique, on se rend compte qu’il existe une différence troublante entre la loi et la réalité. Une étude de 2010 montre que 32 % des euthana­sies dans la région de la Flandre ont été pratiquées sans la demande ou le consentement du patient. Une autre étude publiée en 2010 montre que 47 % des décès par l’euthanasie n’étaient pas signalés aux autorités, alors même que la loi exige qu’ils le soient. Ces données montrent qu’il existe un écart énorme entre l’objectif de la loi et son application dans la réalité médicale. Les conséquences d’un tel écart sont sérieuses et irréversibles : beaucoup de patients vulnérables, plutôt que de recevoir du soutien psychologique et des traitements médicaux, ont reçu une injection létale sans l’avoir même demandé, et ce, en dépit d’une loi qui devait les protéger. Tenant compte de la similarité entre le projet de loi 52 et la loi sur l’euthanasie en Belgique, il est fort probable que ce même danger deviendra réalité au Québec si l’euthanasie est permise.

La société québécoise a donc une dure décision à prendre : elle peut choisir de permettre l’euthanasie au nom du droit individuel de chacun, ou elle peut prendre en compte les dangers inhérents d’une loi sur l’euthanasie et choisir de restreindre les droits et libertés de l’individu pour protéger une population vieillissante qui sera bientôt à sa merci.

Jonathan Morasse, Montréal,
étudiant en médecine

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