Métro La recherche industrielle ne saurait exister sans l’apport de la recherche fondamentale.

La semaine dernière, le ministre d’État aux Sciences et aux Technologies, Gary Goodyear, et le directeur du Centre national de recherche du Canada (CNRC), John McDougall, exposaient la nouvelle mission de l’organisme.

Le CNRC devenait dès lors dédié strictement à la recherche industrielle et à l’innovation. Il abandonnait la recherche fondamentale, qui permet de faire avancer les connaissances, mais ne permet que rarement de découvrir des applications immédiates.

Depuis 2011 déjà, il était clair que le gouvernement Harper désirait que le centre revienne à sa mission première. Il a été fondé en 1916 afin de permettre un rapprochement entre les universités et l’industrie. On lui doit depuis des innovations majeures, comme la découverte du canola, du radar et des boîtes noires qui enregistrent le vol des avions.

Or, le centre avait développé un nombre important de programmes de recherche fondamentale, ce qui semble taper sur les nerfs du gouvernement Harper. Récemment, il a coupé les vivres au Réseau des lacs expérimentaux et à la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie, qui produisent des recherches de calibre international. Il s’est ainsi mis à dos la communauté scientifique, qui dénonce également ce qu’elle juge être des efforts concertés de sa part pour empêcher la communication de certaines recherches; au point où la commissaire fédérale à l’information, Mme Legault, a dû ouvrir une enquête. C’est maintenant les chercheurs du CNRC qui lui exprimeront leur mauvaise humeur : plus de60 % d’entre eux s’opposent aux changements à l’orientation de l’organisme.

Pourtant, la recherche industrielle ne saurait exister sans l’apport de la recherche fondamentale. Comment imaginer la création du radar avant le développement de la physique ondulatoire, par exemple? Comme le disait récemment et si joliment Louise Dandurant, administratrice de l’Association francophone pour le savoir, la science fondamentale est le terreau dans lequel les sciences appliquées croissent!

Tout cela augure mal pour les jeunes qui ont choisi des carrières scientifiques pour le goût de la découverte et pour la progression du savoir. Il faut faire preuve d’une grande passion et avoir une patience d’ange pour se lancer dans la recherche fondamentale. Les heures sont longues, les résultats toujours incertains, les échecs nombreux jusqu’au jour béni où, enfin, on trouve (ou, bien souvent, on tombe) sur cette trouvaille qui vient finalement justifier tous nos efforts. La science n’avance qu’à ce prix, mais c’est malheureusement un prix que notre société, qui priorise l’efficacité et le rendement, semble de moins en moins prête à payer.

Dans un tel contexte, faut-il envisager avec prudence une carrière de chercheur en sciences de la nature? Ne ferait-on pas mieux de devenir ingénieur ou, au moins, de limiter son attention à des objets de recherche présentant des applications directes? Il semble malheureusement que oui, mais espérons que le vent finisse par tourner.

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