Plusieurs reportages ont récem-ment traité de la pauvre qualité des soins que reçoivent nos aînés dans les CHSLD. Mais où donc peut-on faire carrière si on désire vraiment soigner?

Je rencontre régulièrement des jeunes qui ont le désir de travailler dans le domaine de la santé. Ces jeunes possèdent les qualités normalement associées aux métiers des soins. Par exemple, ils ont le goût de travailler auprès des gens, se préoccupent de leur bien-être et pensent qu’il est important d’alléger les souffrances. Ils désirent avoir un effet positif sur la vie des autres. S’ils sont en mesure de terminer les études nécessaires, j’ai toujours encouragé ces jeunes à considérer une carrière en santé. S’il faut néanmoins en juger par certains articles publiés récemment, est-il possible que je les aie mal orientés?

La qualité des soins dans les CHSLD a été radicalement remise en question récemment, au point d’embarrasser le gouvernement. Entre autres, un article du Journal de Montréal nous offre le témoignage de Manon (un nom fictif évidemment), une jeune préposée aux bénéficiaires qui aurait été congédiée d’un CHSLD après seulement quelques semaines parce qu’elle n’avait pas «le profil requis pour l’emploi». Si on en juge par l’expérience qu’elle nous raconte, il semble que le profil de l’emploi d’une préposée aux bénéficiaires, de nos jours, se résume à la capacité de fermer les yeux sur les traitements déplorables auxquels sont soumises les personnes les plus vulnérables de notre société.

Le CHSLD que nous décrit Manon est un environnement sale et exigu où les personnes âgées sont entassées comme dans des enclos, ne reçoivent presque aucun soin d’hygiène et se voient refuser l’intimité la plus élémentaire, y compris lors de l’utilisation de la salle de bains. La plupart des animaux de compagnie du Québec sont mieux traités que les aînés que Manon nous décrit. Deux fois dans une même semaine, certains lui ont exprimé leur désir de mourir pour ne plus avoir à tolérer cet enfer.

Les  commentaires qu’on peut lire sous la version web de l’article sont tout aussi troublants. La grande majorité d’entre eux proviennent d’employés ou d’ex-employés des CHSLD qui confirment le témoignage de la jeune femme. Il semble que ces établissements, dont la mission est de prendre soin de nos aînés, ne veulent ou ne peuvent plus l’assumer. Depuis des années d’ailleurs, les infirmières nous préviennent que la qualité des soins se dégrade sans cesse.

Donc, est-ce que je fais une bêtise en encourageant les jeunes qui ont le profil d’un soignant à envisager une carrière en santé? Ne seront-ils pas déçus par notre système, et leur désir d’avoir un vrai impact sur la vie des autres ne sera-t-il pas frustré? Quel dilemme, car quelle autre carrière suggérer à ceux qui ont l’étoffe de soignants qu’une carrière de soignant? D’autant plus que nous avons terriblement besoin d’eux. Ce que ce dilemme montre, c’est combien il est temps de réinvestir dans notre système de soins.

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